Livre des Vertus

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L'Éclipse - Chapitre VIII : La résurrection

Message par Pouyss le Mer 9 Juil - 20:57

L'Éclipse - Chapitre VIII : La résurrection



Cette voix que j'entendis, alors que je me trouvais en compagnie d'Aristote et de Christos, était calme et pénétrante. Ils m'expliquèrent que c'était Dieu Lui-même qui allait me poser la question. J'allais enfin savoir laquelle était-ce. La voix divine me dit :
"Toi, l'humain que les tiens nomment Sypous, tu es venu à Moi, découvrant tout ce qu'un humain pourra connaître après sa mort. Tu as visité chacun des sept Enfers, où tu as rencontré chacun des Princes-démons, qui se sont présentés à toi, conformément à Ma volonté. Qu'as-tu retenu de tes périples?"

Je répondis :

"J'ai compris le sens du Salut. Lorsqu'un humain a vécu dans la vertu, s'étant ainsi conformé à Ta divine parole, transmise par le prophète Aristote et par Christos, le messie, Tu lui accordes le droit d'accéder en ces lieux, au Paradis, au sein du Soleil. S'il se détourne de la vertu, refusant d'écouter Ta divine parole, qu'il s'abandonne aux plaisirs terrestres, à l'égoïsme, à la tentation, à de fausses divinités, Ton infinie sagesse t'amène à l'envoyer en Enfer, dans la Lune, pour y être puni pour l'éternité. Tu nous aimes, mais c'est également à nous de T'aimer."

Dieu me dit :

"Maintenant, le temps est venu pour toi de faire ton choix. Tu peux décider d'accepter la mort. Dans ce cas, je jugerai toute ta vie, les moments où tu as su œuvrer pour la vertu et ceux où tu t'es détourné d'elle. Si, alors, Je juge que tu le mérites, tu rejoindras les élus pour une éternité de joie et de bonheur. Mais si Je juge alors que ta vie n'a pas été assez vertueuse, tu connaîtras une éternité de tourments en Enfer. Mais, si tu penses que ton temps n'a pas encore été accompli, que tu n'as pas encore fait tes preuves devant Moi, tu peux décider de revenir à la vie."

Je ne savais que répondre. Avais-je mérité de rejoindre le Paradis ou finirai-je en Enfer? Alors, j'entendis des voix. C'était celles de mes amis, qui priaient pour le Salut de mon âme. Bien qu'ils se trouvaient sur Terre, je les entendais distinctement. Cela me faisait chaud au cœur de voir qu'ils se souciaient tant de ce qui allait m'arriver. Il me fallait leur montrer que leurs prières n'étaient pas vaines. Je décidais d'accepter la résurrection, afin de pouvoir vivre dans la vertu et de mériter le Paradis. Je leur devais bien ça, au moins autant que je me le devais à moi-même.

Dieu me dit alors :

"Depuis que J'ai décidé de changer l'esprit des humains en âme, afin qu'elle soit jugée à leur mort, chacun d'eux parcourt le chemin qui t'a conduit à Moi, et Je pose la même question à chacun d'eux. Certains ont la même prudence que toi, d'autres accèdent au Paradis, et d'autres surestiment la qualité de leur vécu et sont envoyés en Enfer.

Ceux qui ont opté, comme toi, pour la résurrection ne gardent pas traces de leur périple céleste dans leur mémoire. Ainsi, leur comportement ne change que si la leçon s'est gravée au fond de leur cœur. Mais, afin que tous sachent quel sort terrible les attend s'ils se détournent de Mon Amour, je te laisse exceptionnellement la mémoire. Tu pourras ainsi témoigner de ton périple. Et ton témoignage restera pour les siècles des siècles. Maintenant que tu sais quelle tâche Je t'ai confié, retourne à la vie, jusqu'à ce que Je te rappelle pour que tu fasses un nouveau choix."

Alors, ma vue se brouilla. J'eus tout juste le temps de voir Aristote et Christos me dire à bientôt avant de perdre connaissance. Lorsque je me réveillais, je me trouvais dans mon lit, les bras en croix. Autour de moi des cierges étaient allumés et mes amis étaient en train de prier. En larmes, mais visiblement soulagés, ils m'expliquèrent que cela faisait neuf jours que j'étais mort. Je me levais, alla à la fenêtre, et vis que le Soleil diffusait à nouveau sa chaleureuse lumière sur le monde. Je racontais à mes amis mon incroyable périple et décidais de coucher sur le papier tout ce que je venais de connaître pendant ma mort.[/i]





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La Fin des Temps - Chapitre I : Le rêve

Message par Pouyss le Mer 9 Juil - 20:58

La Fin des Temps - Chapitre I : Le rêve



Saint Ysoupso

Moi, Ysoupso d'Alexandrie, pieux croyant d'Égypte, vais vous décrire la révélation qui me fut faite en songe. Cela peut paraître étrange de considérer un rêve comme une véridique prémonition, mais la lecture de mes révélations vous montrera qu'il ne s'agit pas d'un rêve ordinaire. Je remercie d'ailleurs le Très-Haut de m'avoir confié la divine mission de transmettre au monde Sa volonté.

Mon rêve commença par une douce lumière blanche. J'avais la sensation de me réveiller, et comme au petit matin, j'émergeais petit à petit de mon état léthargique. La lumière apporta, au fur et à mesure de mon réveil imaginaire, son lot de nuances. Je finis par voir un groupe d'êtres humains aux grandes ailes d'oiseaux, surmontés d'un anneau lumineux. Ils resplendissaient d'Amour et de douceur. Leurs regards étaient pleins de bonté et de tendresse.

J'avais en face de moi tous les humains qui, par leur sainte vie vertueuse, avaient accédé au statut d'ange. Sept d'entre eux dépassaient leurs compagnons par la sensation de bien-être que je ressentais en leur présence. Je reconnus sans difficulté les sept Archanges bénis de Dieu : Georges, patron de l'Amitié, Miguaël, patron de la Conservation, Raphaëlle, patronne du Don de soi, Gabriel, patron de la Tempérance, Michel, patron de la Justice, Sylphaël, patron du Plaisir et Galadrielle, patronne de la Conviction.

Derrière eux, je voyais de vastes paysages idylliques. Tout resplendissait la beauté et donnait envie d'y rester pour l'éternité. Mais cela semblait bien vide. Je pouvais admirer les innombrables élus, peuplant le Paradis, sur le visage desquels s'affichait la béatitude. Voyant un tel bonheur emplir ceux qui avaient vécu dans la vertu, je me réjouissais pour eux et espérait pouvoir les rejoindre.

Alors, j'entendis une voix dure et sereine me dire :
"Ceux que tu vois ici sont ceux qui ont su gagner le Paradis, suivant la parole que J'ai confié à Aristote et à Christos. Mais sache que l'avenir ne sera pas aussi radieux pour tous". Je compris que c'était Dieu Lui-même qui m'adressait ce divin message. Alors, les anges me laissèrent seul, en communion avec le Très-Haut. "Regarde dans la flaque d'eau à tes pieds", me dit-Il.

J'y vis alors un beau pays. La douce chaleur du Soleil caressait les arbres des vergers, nourrissait les épis de blé, qui se dressaient, fiers, vers le ciel, et donnait tout son amour aux légumes, qui prospéraient. Plus loin, je pouvais voir les vaches paître placidement, accompagnées de moutons gardés par leur pâtre. L'agréable brise prêtait sa force au travail du meunier en faisant tourner les ailes du moulin.

La mer fournissait aux pêcheurs moult poissons, afin de les nourrir et exhalait ses senteurs rustiques, mais si agréables à ceux qui savaient les apprécier. Au cœur de cette paisible vie, une ville, ceinte de murailles, fourmillait d'activité. Les artisans œuvraient, afin de fournir à la population tout ce dont elle avait besoin et les commerçants faisaient l'éloge de leurs marchandises aux clients venant faire leur marché.

Les enfants jouaient, riant et courant le long des rues animées. Des tavernes, sortaient des rires et des bruits de liquides que l'on versait dans les chopes. Un petit groupe était attroupé autour du maire, qui écoutait leurs interrogations et y répondait. Les cloches se mirent à sonner et nombre d'habitants sortirent de leurs maisons pour se rendre à la messe.






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La Fin des Temps - Chapitre II : Le château

Message par Pouyss le Mer 9 Juil - 20:59

La Fin des Temps - Chapitre II : Le château



Et c'est alors que l'horreur commença.

Le ciel s'assombrit, se chargeant de ténébreux nuages. Le tonnerre gronda, résonnant dans toutes les chaumières. Et la pluie se mit à tomber. Un déluge comme personne n'en avait vu jusqu'alors! Les bourrasques tourbillonnaient et la mer se fit si houleuse que je vis plusieurs pêcheurs disparaître sous les flots. Tous se mirent à l'abri, mais la pluie ne cessa plus de tomber.

Trois jours et trois nuits durant, elle travailla à réduire à néant tous les efforts des agriculteurs, qui voyaient, impuissants, leurs récoltes mourir. Les rues se transformaient en torrents. Tous le pays était gorgé d'eau. Et la mer frappait de tout son courroux contre la cité, détruisant les embarcadères, coulant même les bateaux les plus gros, et venant s'abattre contre la côte.

Puis, le ciel s'assombrit encore, étouffant totalement les rayons du soleil, et ne s'éclairait que par les éclairs dont le tonnerre raisonnait dans toutes les maisons où les gens se massaient, apeurés. La pluie se fit de plus en plus froide, se changeant en neige. Le gel acheva de détruire les récoltes et le vent glacial fouettait les maisons, où les gens, terrifiés, souffraient de la faim et de la soif sans oser dire un mot.

Alors, la neige se changea en grêle. Celle-ci était composée d'énormes grêlons, gros comme une balle de soule et durs comme la pierre. Ils frappèrent de toute leur force les solides murailles et les bâtiments de pierre. Les toits semblaient souffrir de ce traitement, mais s'efforçaient de résister. Cela ne suffit pas toujours, car nombre de maisons s'effondrèrent sur leurs infortunés habitants, dans des cris déchirants d'appel à l'aide qui se perdirent dans le bruit du cataclysme.

Mais le calvaire sembla prendre fin lorsque la grêle diminua, puis s'arrêta. Petit à petit, les gens sortirent de leur modestes abris et nombre d'entre eux, hagards, se dirigèrent vers le château, afin de trouver des réponses à leurs questions. Le curé et le Duc s'adressèrent alors à la foule. Mais le discours du seigneur temporel fut interrompu par l'effondrement de la tour, qui l'écrasa sans autre forme de procès.

En effet, la terre s'était mise à trembler. Et le malheureux élu s'était trouvé sous la trajectoire verticale de l'énorme monument. Les gens se mirent à courir, afin de rejoindre à nouveau leurs abris. Mais les faibles maisonnées s'effondraient les unes après les autres. Les rues s'ouvraient, des crevasses s'ouvrirent, dévorant de leurs crocs de terre les infortunés qui se faisaient prendre dans leur terrible piège. Les murailles, déjà ébranlées par la grêle, s'effondrèrent, apportant elles aussi leur lot de morts.

Toute la ville s'écroula ainsi peu à peu, laissant de nombreuses personnes aux prises avec la panique. Seule l'église avait survécu aux assauts des éléments déchaînés, le saint bâtiment semblant épargné par les éléments déchaînés. La terre s'arrêta de trembler et le calme se fit. Sans un mot, les survivants s'attroupèrent donc dans la maison du Très-Haut. Le curé s'y trouvait. Il prêchait la repentance des fautes commises. Sa verve était d'or, mais on sentait dans sa voix l'angoisse que ses prières ne suffisent pas à les secourir. Mais tous écoutaient cependant le prêche du curé comme ils ne l'avaient jamais fait auparavant.






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La Fin des Temps - Chapitre III : L'église

Message par Pouyss le Mer 9 Juil - 21:00

La Fin des Temps - Chapitre III : L'église



Le vent battait sur les flancs de l'église, faisant frémir toute sa structure. Le ciel, ténébreux et glacial, était empli de menaçants nuages aux proportions herculéennes. Tout autour du saint bâtiment, la foudre déchirait l'air, bientôt suivie par son complice, le tonnerre, dont le grondement résonnait dans les cœurs terrifiés des ouailles.

Le curé les encourageait à la prière. Il n'avait de cesse de leur rappeler qu'ils n'avaient rien à craindre s'ils gardaient dans leur esprit les paroles divines révélées par le prophète Aristote et par Christos, le messie. La pureté de sa foi le poussait à encourager ses auditeurs à faire pénitence de leurs fautes. Et il répétait sans cesse qu'il était temps d'entendre en confession ceux qui avaient des péchés à leur actif. Mais personne ne l'écoutait plus, la terreur prenant le pas sur la raison, et tous regardaient à présent à travers les vitraux de l'église.

C'est alors que la troisième calamité s'abattit sur eux. Le vent redoubla d'intensité, changeant le vent en bourrasques et les bourrasques en tempête. Le cataclysme atteignit son paroxysme lorsqu'une terrible tornade vint investir le saint bâtiment. Celle-ci brisa les vitraux de l'église, venant emplir le saint bâtiment de son souffle glacial. Les morceaux de verre teint retombèrent en une pluie de lames aiguisées sur les infortunés qui se trouvaient en-dessous.

La tornade propulsa les bancs contre les murs, ce qui les fit voler en éclats. Elle renversa les ouailles, qui se percutèrent les uns les autres. Elle fit s'effondrer les statues du haut de leur piédestal, en les brisant en mille morceaux. Les lourdes et imposantes portes de l'église étaient vieilles de plusieurs siècles. Elles avaient connu les affres du temps sans jamais faire montre de la moindre faiblesse. Mais la tornade les fit s'envoler comme des fétus de paille.

Le bruit de la tempête couvrait les exhortations à la prière du curé. Celui-ci s'interrompit alors lorsqu'il vit un jeune enfant à terre. Une poutre énorme menaçait de s'abattre sur lui. Le curé se jeta alors sur lui et poussa l'enfant de la trajectoire du monstre de bois. Ce sacrifice s'avéra malheureusement inutile, car le bâtiment tout entier s'effondra sur ses habitants, dont seuls quelques survivants parvinrent à s'échapper.

Ceux-ci ne furent pas les plus chanceux, car ils eurent enfin le malheur d'assister à la dernière des calamités. La ville n'était plus qu'un champ de ruines au sol craquelé, la mer était déchaînée sous un ciel d'encre fendu par les éclairs, les champs, les pâturages et les vergers étaient noyés et seuls quelques arbres tenaient encore plus ou moins debout.

Les survivants virent alors ces derniers s'embraser. Ils crièrent de toutes les forces qui leur restaient. Le vent, jusqu'alors glacial, s'embrasa en un véritable bûcher à ciel ouvert. Les nuages rougirent, reflétant les flammes qui baignaient le pays. Celles-ci dévoraient tout ce qui avait survécu en un gigantesque brasier. Les infortunées personnes qui avaient survécu aux trois autres calamités hurlèrent de douleur quand le brasier détruisit leurs chairs, ne laissant plus rien de leurs corps.






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La Fin des Temps - Chapitre IV : Le jugement divin

Message par Pouyss le Mer 9 Juil - 21:01

La Fin des Temps - Chapitre IV : Le jugement divin



Je levais les yeux de la flaque d'eau où toutes ces images horribles venaient de s'offrir à mes yeux. Je tremblais de toute mon âme, les cris de souffrance des pauvres victimes de ces quatre calamités résonnant encore dans mon cœur. Je pleurais de chaudes larmes, tant était horrible le sort de ces pauvres malheureux.

Alors, Dieu, d'une voix douce et apaisante, me dit :
"Vois, comment risque de finir le monde que tu aimes tant. Il sera détruit par l'eau, la terre, le vent et le feu. Mais n'aies crainte, car si vous vous montrez vertueux, vous pourrez éviter ces inutiles souffrances. Et que ceux qui vivent dans la vertu ne s'inquiètent pas, car jamais Je n'oublie ceux qui M'aiment", me dit le Très-Haut. Je vis en effet les nuages s'en aller, les vents se calmer, les flammes mourir. Mais la terre trembla de plus belle.

Et les hommes et les femmes qui avaient vécu les atrocités que j'avais pu voir dans la flaque sortirent du monde en volant. Ils étaient innombrables, debout les uns près des autres, tels une mer d'humains. Malgré le temps indéfinissable qu'ils avaient attendu sous terre, ils avaient l'air de retrouver une nouvelle jeunesse. Ils s'envolèrent en un magnifique nuage d'êtres venant rejoindre leur Créateur.

Derrière eux, je vis le monde, gigantesque boule de matière. Tous les humains l'avaient quitté. Sa surface se mit à se craqueler, des flammes titanesques surgissant des crevasses ainsi formées. Puis, le monde tout entier s'embrasa. Il illuminait les autres astres d'une puissante lumière rouge. Enfin, dans une incommensurable explosion, il acheva la mission que Dieu lui avait confiée.

Les humains s'installèrent le long des étoiles, sur ce que l'on appelle la Voie lactée. Ils s'organisèrent alors en une file qui semblait interminable. Certains avaient l'air heureux d'attendre le Jugement Divin, d'autres versaient de chaudes larmes, regrettant de n'avoir pas su écouter les paroles divines transmises par le prophète Aristote et Christos, le messie. Les anges attendaient patiemment les humains sur le Soleil. Et sur la Lune, les démons crachaient leur haine à la face des futurs jugés.

Et Dieu me parla :

"Vois. Ces hommes et ces femmes qui sont maintenant unis dans l'attente du jugement de leur âme. Je vous ai fait aspirant à la vertu et J'ai fait celle-ci de telle manière que si l'un d'entre vous la pratiquait, elle se communiquerait aux autres."

Je reconnaissais là l'enseignement d'Aristote et les paroles de Christos!


"Il y avait un but à cela, ajouta-t-il, Me servir, M'honorer et M'aimer, mais aussi vous aimer les uns les autres. Je suis la Main Invisible qui guide vos pas, mais nombre d'entre vous se sont détournés de Ma Parole.

Vous êtes jugés un à un lorsque vous mourrez, mais cela ne sera pas toujours le cas. En effet, j'ai laissé la créature à laquelle Je n'ai pas donné de nom prouver ses dires selon lesquels c'est au fort de dominer le faible. Si, encore une fois, vous vous détournez de Moi en trop grand nombre, ce que tu as vu dans la flaque s'accomplira. Si vous oubliez à nouveau l'Amour que J'ai pour vous et que vous ne m'aimiez plus à nouveau, cela sera vérité. Si Ma parole, révélée par Aristote et Christos n'est plus écoutée, Je détruirai le monde et la vie, car l'Amour n'en sera plus le sens. Alors, prends garde à ne pas laisser Ma parole se perdre dans les gouffres de l'oubli."

Voilà pourquoi je vous révèle cela. La vertu doit guider chacun de nos pas. Chacun doit la transmettre à son prochain. Telle est la Parole de Dieu. Ne vous échappez pas de la sage voie de sa main, ou viendra le jour où le monde disparaîtra et où nous serons tous jugés![/i]





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La Fin des Temps - Chapitre V : Les questions

Message par Pouyss le Mer 9 Juil - 21:02

La Fin des Temps - Chapitre V : Les questions



Mais nombre de questions n'avaient pas encore trouvé de réponse. Je demandais à Dieu s'Il voulait bien éclairer ma lanterne et, dans Sa grande miséricorde, Il accepta.

Je Lui demandais :

"Quand serons-nous jugés? Quelles seront les peines et les récompenses que nous aurons?"

Il me répondit :

"J'ai décidé, lorsque J'ai fait des humains Mes enfants, de leur faire le plus beau des cadeaux : J'ai fait de tous, vos esprits des âmes, vous permettant de gagner le Paradis si vous suivez les enseignements d'Aristote et de Christos, mais vous punissant des Enfers si vous vous détournez du chemin qu'ils ont tracé. Vous êtes en cours de jugement tout au long de votre vie. Chaque pensée, chaque parole et chaque action influent sur Ma décision finale. Lorsque chacun de vous meurt, Je décide de votre destination éternelle. Selon que vous avez été vertueux ou pécheur, vous rejoignez les rangs des élus ou des damnés."

Je Lui demandais ensuite :

"Mais à quoi ressembleront les humains qui accéderont au Soleil ou à la Lune? Ne serons-nous que de purs esprits? Que deviendront nos corps? Que sont ces anges et ces démons?"

Il me répondit :

"Le corps ne peut vivre sans l'esprit et l'esprit sans le corps, car J'ai fait de la vie l'union de ces deux états. Lorsqu'un humain accède au Paradis ou à l'Enfer, le corps qu'il avait sur le monde est abandonné pour nourrir la vie et un nouveau corps lui est donné en échange. Celui-ci est à l'image de l'esprit de l'humain : il en représente soit la beauté soit la laideur. Les anges sont ceux qui, par leur sainteté, ont obtenu un corps si parfait qu'ils me secondent dans le Soleil. Les démons sont ceux qui ont tant vécu dans l'erreur que leur corps n'est qu'horreur et bestialité."

Je Lui demandais encore :

"Le baptême est le sacrement qui consacre l'entrée d'un humain dans la communauté des croyants. Sans ça, il n'y a pas d'accès au Paradis possible. Mais que deviennent les pauvres enfants dont la vie s'achève avant qu'ils aient la chance d'être baptisés?"

Il me répondit :

"Je vous ai fait élus à votre naissance, car vous tendez naturellement vers Moi. Ce sont vos péchés qui vous détournent de Ma divine perfection.

Le baptême permet à la vertu de racheter le péché, permet à l'Amour de vaincre l'acédie. Un vertueux qui n'est pas baptisé ne se verra pas effacer ses fautes, car Je n'ai pas béni son entrée dans la communauté de Mes fidèles. Mais ne crois pas que le fait d'être baptisé t'autorise à pécher sans vergogne. Ce sacrement n'est que le moyen de vivre dans la vertu. Mais tous ceux qui n'ont pas été baptisés, qu'ils soient enfants ou adultes, s'ils n'ont absolument jamais péché, pourront de même accéder au Paradis."

Je Lui demandais enfin :

"La Fin des Temps aura-t-elle forcément lieu?"

Il me répondit :

"Non, Je déciderai de détruire le monde si les humains s'abandonnent tant dans le péché qu'ils ont fini par donner raison à la créature à laquelle Je n'ai pas donné de nom. Sache que l'avenir du monde ne dépend que de votre vertu. À vous de respecter la parole que j'ai transmise à Aristote et Christos car, si vous vous comportez comme les habitants d'Oanylone, votre vice liera le sort du monde que vous aimez tant."

Alors, Dieu me dit que le temps était venu que je retourne chez moi, que mon rêve se finisse, et que je me réveille. Soulagé d'avoir tant appris de Dieu Lui-même, je retournais donc à mon lit douillet, où je me réveillais. Encore troublé par ces révélations, j'entrepris de coucher par écrit ce message de Dieu Lui-même.






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Tome II : Le duo prophétique

Message par Pouyss le Mer 9 Juil - 21:09

Tome II : Le duo prophétique

La Vita d'Aristote

La Vita de Christos

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La Vita d'Aristote - Première partie - Chapitre I

Message par Kaioh le Sam 2 Aoû - 20:00

La Vita d'Aristote - Première partie : Les dialogues - Chapitre I : La naissance
Où l'on introduit le propos, et où l'on en apprend davantage sur les circonstances de la naissance du prophète.




La Vie d'Aristote

Dure est la tâche de celui qui veut plonger son regard dans l'abîme des siècles passés, et qui cherche par ses mots à faire vivre dans les cœurs les héros de jadis. S'il en est un dont la vie mérite d'être conté, n'est-ce pas cet Aristote dont les enseignements illuminent encore notre vie et notre mort?
Voilà ce que moi, pauvre fidèle, j'entends vous conter aujourd'hui. Si la simplicité de ce récit vous touche, si la noble figure du Sage parvient jusqu'à votre cœur, alors mon œuvre aura fait sourire les puissances des cieux.


Introduction

Vie d'Aristote le sage, serviteur du Très-Haut, à qui le Verbe divin a été révélé et qui annonça la venue du Salut et de la lumière.

Chapitre I : La naissance

En ce temps là, une grande nouvelle se répandit dans la ville de Stagire : les sages astrologues venaient de repérer une comète inconnue dans le firmament. Aussitôt l'assemblée de la ville se réunie sur l'agora, tentant de découvrir le message que les cieux voulaient transmettre aux Hommes. Hélas, leur cœur était obscurci par leur foi erronée en de faux dieux, et ils s'égaraient dans des suggestions impies : pour l'un il s'agissait de la venue d'Hermès aux pieds ailés. Pour d'autre la foudre de Zeus allait s'abattre au milieu des Hommes, et les temps touchaient à leur fin.
Seul dans l'assemblée un homme se taisait : son épouse était sur le point d'enfanter et l'angoisse qui était la sienne ne lui permettait pas d'intervenir. Il n'était pourtant pas le moins sage, ni le moins écouté. La noblesse et la paix se lisaient sur son visage, ainsi que les marques d'un dur labeur et d'une vie sans mollesse.

Les discussions touchant à leur fin sans qu'aucune solution n'émerge, l'homme retourna chez lui en hâte.

Là, allongée sur un lit de cuir, sa femme venait de mettre au monde un fils. L'homme s'approcha avec respect du nouveau né, le pris entre ses bras, le leva vers le ciel en disant :
"Puissances célestes, je vous confie mon fils. Donnez-lui une vie droite et juste. Que son cœur soit pur, son intelligence éveillée et sa vertu sans faille. Que votre sagesse guide ses pas et ses pensées, afin que son existence soit comme un chêne solide à l'ombre duquel les malheureux viendront se reposer". Reposant l'enfant près de sa mère, l'homme s'agenouilla près du lit et resta un long temps immobile, contemplant silencieusement sa femme et son fils.





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La Vita d'Aristote - Première partie - Chapitre II

Message par Kaioh le Sam 2 Aoû - 20:04

La Vita d'Aristote - Première partie : Les dialogues - Chapitre II : La révélation
Où Aristote reçoit le Verbe du Créateur.




Un jour le jeune Aristote, âgé seulement de cinq ans, voulu s'asseoir près du temple du faux dieu Apollon dans sa ville de Stagire. Le temple était sur une petite colline à l'extrémité Est de la ville. L'enfant aimait regarder les hautes colonnes de pierre blanche se découpant dans l'azur du ciel.

Alors qu'il s'approchait des marches du temple il s'arrêta, comme immobilisé par une force invisible. Ne comprenant pas ce qui ce passait, il se retourna vers la ville pour appeler sa mère Phaetis, qui était à quelque distance de là. Mais ses lèvres ne produisirent aucun son.
La terreur commençait à inonder son âme, quand un roulement de tonnerre gronda au dessus du temple du faux dieu. Un éclair vint le frapper en son centre et il s'écroula aux pieds de l'enfant.
Puis une voix puissante qui faisait frémir les cieux retentit dans l'esprit d'Aristote; elle disait :

"Voilà ce que ma puissance réserve aux idoles qui se font honorer comme des dieux. Cherche le Dieu unique, cherche la Vérité et la Beauté, car un jour viendra celui qui restaurera tout".

Bouleversé l'enfant tomba inanimé sur le sol. Lorsque ses yeux se rouvrirent il était dans la maison de son père, et sa mère était tendrement penchée sur lui :

"Mon fils, que t'est-il arrivé? Nous t'avons trouvé près du temple écroulé, le visage tourné vers le ciel. Est-ce le dieu qui t'est apparu? Qui a détruit le temple?"

Mais l'enfant ne répondit rien. Il restait en silence et regardait sa mère avec les yeux de quelqu'un qui voit pour la première fois.
Enfin il prit la parole :

"Mère chérie, je vous en prie, dites moi : qu'est-ce que la Vérité?"

La pauvre femme était bonne, mais hélas son âme était encore pleine des erreurs païennes, et elle ne sut répondre à cette question. Elle se pencha sur le front de son fils, l'embrassa et lui ferma les yeux avec douceur.

"Je t'aime mon fils, n'est ce pas la seule chose importante? Dors maintenant; demain ton père revient de guerre et il faut que tu sois reposé pour le recevoir dignement."

Et se levant elle quitta la pièce, l'esprit rempli d'angoisse.






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La Vita d'Aristote - Première partie - Chapitre III

Message par Kaioh le Sam 2 Aoû - 20:09

La Vita d'Aristote - Première partie : Les dialogues - Chapitre III : L'âme
Où Aristote et Epimanos établissent que l'Homme doit avoir un esprit, contrairement aux animaux.




Depuis quelques mois déjà Aristote et sa famille habitaient à Pélas, la ville capitale de la Macédoine. Nicomaque, son père, venait en effet d'être nommé médecin personnel du Roi de Macédoine, Amyntas II. Aristote grandissait en sagesse sous la direction éclairée de son précepteur. Un jour, alors qu'Aristote revenait de la palestre, il s'assit sur une fontaine de la cour intérieure de la maison paternelle, et demanda à son précepteur :
"Maitre, par quelle merveille l'Homme peut-il penser, alors que les animaux ne le peuvent point?"

Son précepteur, Epimanos, lui répondit :

Epimanos : "Qui peut prétendre lire le livre de la nature et en tirer les secrets des dieux? Aristote je te le dis : nous ne savons pas si les animaux ne pensent pas. L'Homme pense, cela est certain. Mais les animaux? Sommes-nous dans leur esprit?"

Aristote : "N'êtes-vous pas d'accord noble maitre, que l'Homme est sans cesse en quête de nouveauté?"

Epimanos : "Oui, certes, il est rare de voir l'Homme tenir en place, et se contenter de ce qu'il possède et de ce qu'il sait."

Aristote : "Hélas oui, c'est bien rare, et souvent je me dis qu'il vaudrait mieux pour l'Homme d'être heureux dans la vie simple des anciens. Toujours est-il que cette recherche incessante se retrouve sans cesse chez l'Homme. Mais dites-moi noble Epimanos, cette quête de l'Homme, n'est-elle pas la preuve la plus évidente de son esprit et de son intelligence?"

Epimanos : "Je vois ce que tu veux dire : si l'Homme ne cherchait pas sans cesse, alors cela voudrait dire qu'il se contente de ce qu'il a reçu, qu'il n'innove pas, qu'il ne pense pas même. En fait, seule cette curiosité de l'Homme nous garantie l'existence de son esprit."

Aristote : "Effectivement, c'est ce que je voulais dire. Je vois bien que je n'ai rien à vous apprendre. Mais continuons un peu. Vous possédez un beau chien je crois? Un lévrier?"

Epimanos : "Oui, un cadeau de notre Roi pour mon comportement à ses cotés lors de la dernière guerre contre les envahisseurs celtes. J'y suis très attaché."

Aristote : "Je vous comprends. Quand vous élevez votre chien, comment faites-vous?"

Epimanos : "C'est bien simple : je lui impose de faire quelque chose, et quand il le fait correctement je lui offre une récompense. Et s'il le fait mal je le puni légèrement."

Aristote : "Parfait! Une fois dressé, il fera toujours bien ce que vous lui avez appris à faire, n'est-ce pas? Il a compris que s'il ne fait pas ce que vous lui demandez il ne sera pas récompensé."

Epimanos : "En effet. Mais je ne vois pas où tu veux en venir."

Aristote : "À ceci mon maitre : ce chien si noble et si bien dressé ne fait ce qu'il fait qu'en vertu de ce que vous lui avez appris. Il ne le fait pas de sa propre initiative et une fois dressé il n'est plus en mesure de changer. N'êtes-vous pas d'accord?"

Epimanos : "Il est vrai que pour le faire changer il faudrait le dresser à nouveau, et le punir alors qu'on le récompensait jadis. Et le pauvre deviendrait fou. Ce serait scandaleux."

Aristote : "Oui. Mais n'avons-nous pas dit tout à l'heure que c'était la curiosité de l'Homme et sa capacité à inventer de nouvelles choses qui montraient que l'Homme avait un esprit?"

Epimanos : "Nous avons dit cela en effet. Et si je te suis, cela veut dire que les animaux, comme mon chien, qui ne peuvent pas changer de comportement par eux-mêmes, n'ont pas le même esprit que l'Homme."

Aristote : "Exactement! Il est donc établi qu'il y a une différence entre l'Homme et les animaux. Mais laquelle? Le savez-vous?"

Epimanos : "Non, je l'ignore. Veux-tu que nous cherchions ensemble une réponse à cela?"

Aristote : "Avec joie! Mais pas tout de suite, car je vois mon père revenir de la cour du Roi, et j'ai hâte d'entendre les nouvelles du palais. Portez-vous bien!"

Epimanos : "Et toi aussi, brillant disciple!"





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La Vita d'Aristote - Première partie - Chapitre IV

Message par Kaioh le Sam 2 Aoû - 20:51

La Vita d'Aristote - Première partie : Les dialogues - Chapitre IV : Le devenir de l'âme
Où Aristote établit que la vie future de l'âme, celle qui viendra après la mort et la destruction des chairs, se prépare dès aujourd'hui.




Le soir tombait sur la ville de Pélas. On entendait que les murmures des femmes qui, près des temples païens, invoquaient les faux dieux pour la santé du Roi. Ce dernier en effet, était mourant. Nicomaque, le père d'Aristote, était à son chevet pour tenter de retarder, et d'alléger le poids de l'échéance fatale.
Aristote, âgé maintenant de 14 ans, marchait au hasard dans les rues de la ville, sans voir ni entendre ce qui se passait autour de lui. Qu'adviendrait-il de son père si le Roi venait à mourir? Bien sûr, il ne saurait être tenu pour responsable, mais qui sait ce que des courtisans mal intentionnés pouvaient imaginer et quelles vengeances pouvaient s'exercer dans ces moments d'inter-règne?
Il s'arrêta près du temple de Proserpine. Il ne croyait certes pas à la puissance de ces dieux, qui ne lui semblait que des pantins morts, mais il y avait comme une majesté secrète dans cette évocation de la déesse des morts en un instant pareil.
Il sentit une main se poser sur son épaule. C'était Epimanos.

Epimanos :
"Tu prie pour le Roi, Aristote?"

Aristote : "Prier? Qui devrais-je prier? Et que dois-je demander?"

Epimanos : "Que veux-tu demander? Qu'il vive bien sûr! Et si tu ne crois pas en cette déesse, tu crois bien en une force supérieure qui régie notre vie?"

Aristote : "Qu'il vive? Il va mourir, tu le sais aussi bien que moi. Nos prières ne peuvent pas lui rendre la jeunesse ni la santé. Il a vécu longtemps et il est temps pour lui de partir. Non, si je prierai, ce n'est pas pour qu'il vive."

Epimanos : "Pour quoi donc alors?"

Aristote : "Qu'y a-t-il après la vie Epimanos? Cette âme unique que l'Homme possède et qui nous différencie des animaux, survit-elle à cette vie?"

Epimanos : "Je ne sais Aristote. Ma science porte sur la vie et non sur la mort. Je peux te dire comment bien vivre, comment être heureux et connaître les êtres au quotidien, mais pas ce qu'il y a après la mort."

Aristote : "Vous pouvez me dire comment bien vivre? Voyons cela. N'êtes-vous pas d'accord que pour faire un acte intelligent il faut en prévoir les conséquences?"

Epimanos : "Si bien sûr, cela évite de faire des erreurs, de mal agir ou de mal juger des situations. C'est important de prévoir."

Aristote : "Oui, c'est ce que vous m'avez appris depuis mon plus jeune âge. Mais si vous le voulez bien prenons un exemple : imaginons que vous voulez vous marier. Vous êtes d'accord que c'est un engagement définitif, et qu'il vous faudra choisir avec soin?"

Epimanos : "Certes! Nos lois ne prévoient pas le divorce, et je crois bien que celui qui veut se marier règlera tous ses actes pour que ce mariage soit heureux, sinon ce serait une véritable folie!"

Aristote : "Vous pensez tout comme moi que ce mariage se prépare avant même que l'on prenne l'engagement solennel : on cherche à corriger ses défauts, à se rendre aimable et bon, afin qu'au jour du mariage tout se passe pour le mieux."

Epimanos : "Si tous suivaient ces conseils il y aurait plus de mariages heureux, mais je pense en tout cas que c'est ce qu'il faudrait faire."

Aristote : "Je suis content que nous soyons d'accord. Donc pour bien vivre il faut savoir ce qu'il y a après la mort."

Epimanos : "Ah!? Là je ne te suis plus. Que veux-tu dire?"

Aristote : "C'est bien simple : tout comme le mariage la mort est un évènement définitif. Il faut s'y préparer donc soigneusement. S'il y a une vie après la mort, alors la vie que nous menons avant la mort doit être consacré à préparer cette vie après la mort. Tout comme notre vie avant le mariage doit être consacrée à préparer notre vie après le mariage."

Epimanos : "Je vois où tu veux en venir. Pour toi, la mort n'est qu'un passage qui mène à une autre vie?"

Aristote : "Oui, et notre vie présente doit se consacrer à préparer cette vie future."

Epimanos : "Mais pourquoi cette vie future serait-elle plus importante que la présente? Et comment peux-tu être sur de son existence?"

Aristote : "Vous vous souvenez de notre discussion sur la différence entre les animaux et les Hommes?"

Epimanos : "Oui, je m'en souviens très bien. Tu disais qu'il y avait une différence entre les deux, que l'Homme était intelligent quand la bête ne cherchait rien de nouveau."

Aristote : "Oui. Mais comment l'Homme fait-il pour chercher du nouveau, pour créer même en lui et autour de lui ce nouveau?"

Epimanos : "Et bien si je pars de ma propre expérience, je dirais que j'ai des idées qui me viennent, et qui ne semblent venir de personne d'autre que de moi-même, et que je réfléchis sur ces idées."

Aristote : "J'en suis arrivé à la même conclusion. Ce qui m'a frappé c'est que cela ne venait pas de ce qui m'entoure, mais de moi-même, de mon intérieur. Cela semblait..."

Epimanos : "Immatériel, non?"

Aristote : "Oui, immatériel. Ce n'était pas la conséquence d'une impression sensible mais d'une impression immatérielle, spirituelle.

Epimanos : "Je comprends. Mais quelles conclusions en tirer? Il est évident que ces impressions viennent de notre âme."

Aristote : "Oui, mais cela veut dire que notre âme est immatérielle, car l'immatériel ne peut pas venir du matériel. Personne ne peut donner ce qu'il n'a pas. N'êtes-vous pas d'accord?"

Epimanos : "Oui, dit comme cela c'est compréhensible. Mais où veux-tu en venir?"

Aristote : "Mon père est médecin, Epimanos, et il m'a souvent décrit la mort : la matière se putréfie, se désintègre sous l'effet du temps. Et regardez autour de vous : la mort est toujours marquée par la destruction de la matière."

Epimanos : "Oui, tout passe en ce monde et ce que les anciens on construit est déjà presque disparu."

Aristote : "Mais si vous prenez quelque chose qui n'est pas composé de matière, cela disparaîtra-t-il?"

Epimanos : "Il ne me semble pas : si ce n'est pas composé de matière, alors cela ne peut pas se désintégrer. Cela ne mourra pas. Ainsi la pensée d'un homme comme Pythagore sera éternelle et vivra encore dans plus de mille ans."

Aristote : "Donc vous pensez que ce qui est immatériel ne meurt pas?"

Epimanos : "Avec tout ce que nous avons dit jusqu'ici, je crois que c'est une chose établie."

Aristote : "Alors notre âme, qui est immatérielle, doit elle aussi ne pas mourir. Quand nous mourons notre corps disparaît, mais notre âme, elle, demeure. Et c'est cette vie de l'âme qui est la vie future. C'est cette vie que notre vie présente, dans notre corps, doit préparer."

Epimanos : "Le Roi qui meurt va donc vivre encore?"

Aristote : "Oui, et c'est pour que cette vie de son âme soit heureuse que je vais prier ce soir."

Epimanos : "Nous prierons ensemble alors."

Et sur ces mots les deux amis se séparèrent, Epimanos rentra dans le temple de Proserpine, pendant qu'Aristote se dirigea vers la sortie de la ville pour marcher dans la campagne.





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La Vita d'Aristote - Première partie - Chapitre V

Message par Kaioh le Sam 2 Aoû - 20:57

La Vita d'Aristote - Première partie : Les dialogues - Chapitre V : L'errance
Où Aristote relève qu'il n'est pas raisonnable de prier plusieurs dieux, et qu'en toutes choses, l'unité est préférable à la division.




Aristote ayant atteint l'âge de quinze ans, il perdit père et mère, et fut confié à la tutelle d'un proche parent, Proxène, lequel vivait dans des contrées reculées, entre Stagire et Athènes. Le jeune orphelin était éduqué au rude travail de la terre. Cette condition ne le satisfaisait guère, persuadé que son esprit était plus capable que ses mains. Il faisait souvent la rencontre d'humbles paysans, avec lesquels Proxène travaillait. Il admirait certes leur goût pour la vie simple, loin des fastes somptueux et du luxe qui, il le pressentait, conduisaient certainement au vice. Mais Aristote s'étonnait cependant de leurs coutumes.

Un jour, il vit l'un d'eux se livrer à la prière. Aristote se souvint de son dernier dialogue avec Epimanos, et voulut prendre le paysan en défaut.

Aristote :
"À qui adressez-vous vos prières, brave homme?"

Le paysan : "Et bien aux dieux, mon jeune ami."

Aristote : "Aux dieux? Mais qui sont-ils?"

Le paysan : "Ils sont Aphrodite, Apollon, Arès, Artémis, Athéna, Déméter, Dionysos, Hadès, Héra, Hermès, Héphaïstos, Poséidon, et le plus grand de tous, Zeus. Chacun siège à Olympe."

Aristote : "À Olympe, où est-ce?"

Le paysan : "C'est une cité merveilleuse, perchée en haut d'un mont que nul n'a jamais vaincu. Vois-tu le mont Athos? Eh bien l'Olympe est cent ou mille fois plus élevé, un truc du genre."

Aristote : "Mais vous-même, n'avez-vous jamais tenté de grimper sur cette montagne? N'êtes-vous pas curieux de voir de vos yeux ces divinités que vous priez chaque jour?"

Le paysan : "Oh non, jeune homme. Je ne suis qu'un humble paysan. Ma place est ici, non sur l'Olympe."

Aristote : "Mais alors, comment pouvez-vous croire en la réalité de ces dieux, si vous n'avez point constaté leur existence de vous-même?"

Le paysan : "Parce qu'on m'a enseigné qu'ils existaient, et qu'il fallait que je les prie pour que ma récolte soit meilleure et que mes vaches deviennent grasses."

Aristote : "Voilà bien une chose étrange, vous ne priez pas par Amour pour le Divin, mais par appétit terrestre. Je pense pour ma part qu'il est irrationnel de rechercher le matériel dans le spirituel. Mais à dire vrai, il n'y a pas que ça que je trouve irrationnel dans ce que vous me dites."

Le paysan : "Que me reprocheras-tu encore?"

Aristote : "Et bien, il y a une chose que je ne comprends pas : pourquoi donc prier plusieurs dieux?"

Le paysan : "Ainsi que je te l'ai dit, c'est ce qu'on m'a enseigné, qu'ils étaient plusieurs, et c'est ainsi depuis la nuit des temps."

Aristote : "Voilà bien une chose compliquée inutilement. Au lieu de plusieurs divinités, ne serait-ce pas plus pratique de n'en louer qu'une seule?"

Le paysan : "Tu commences à me courir, jeune voyageur. Je t'en pose des questions, moi? Je te demande si tu mets des braies ou des frocs? Maintenant, laisse-moi à mes méditations."

Aristote : "Non, non, je n'en ferai rien. Vous devez d'abord admettre, brave homme, que prier un seul dieu serait plus logique. Qu'attend-t-on d'un dieu, sinon qu'il soit tout puissant et omniscient, qu'il soit un? Rendre grâce à plusieurs dieux, c'est comme fragmenter en autant de parties le pouvoir qu'un seul pourrait réunir en lui. Je crois qu'en toutes choses, l'unité est préférable à la division."

Le paysan : "Peut-être."

Aristote : "Non, certainement. Le Divin est un tout unique et le Divin est la perfection, donc la perfection est unité. L'unité est la forme idéale des choses."

Le paysan : "Mouais, enfin moi, jeune homme, je suis bien trop stupide pour entendre ton charabia. Je suis loin d'être lettré. Si je te donne un conseil, me laisseras-tu en paix?"

Aristote : "Et bien oui, cela me convient."

Le paysan : "Prends la route d'Athènes, si Proxène te le permet, et tu y trouveras un professeur qui saura t'écouter. On le nomme Platon."

Aristote : "Merci, brave homme."

Et Proxène d'envoyer Aristote, les dix-huit printemps révolus, à Athènes, trop heureux que ce piètre paysan le quitta.





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La Vita d'Aristote - Première partie - Chapitre VI

Message par Kaioh le Sam 2 Aoû - 21:01

La Vita d'Aristote - Première partie : Les dialogues - Chapitre VI : Le maître
Où Aristote fait la rencontre de Platon, son professeur, et l'impressionne par sa maîtrise du syllogisme.




Aristote, après des jours d'un voyage épuisant, fit enfin son entrée dans la cité athénienne. Ce qu'il y vit le laissa pantois. La ville était merveilleuse, et l'architecture d'une pureté superbe. Les colonnades se déployaient dans une harmonie qui ravissait l'esprit. À chaque coin d'allée, des marchés grouillant attestaient de la formidable activité commerciale qui régnait en ces lieux. Les jardins étaient multitudes, et l'on pouvait y voir de petits groupes de philosophes, qui se complaisaient aux sophismes entre les plantes luxuriantes, les fontaines au charme ineffable, et les roches millénaires. Un temple magnifique, perché sur un plateau, dominait la cité.

Aristote était fort impressionné, mais finit par trouver l'académie, où l'illustre Platon enseignait. La magnificence du lieu le consternait, et tel un halluciné il errait dans les immenses couloirs de marbre de la bâtisse. Ses pas le conduisirent vers une lourde porte, sur laquelle on pouvait lire l'indication "scolarité second cycle". Aristote n'avait jamais rien vu de pareil, et se demandait ce que pouvait signifier cette mystérieuse formulation, mais il se décida à entrer, pour y demander son chemin. L'accueil fut fort désagréable. De vieilles femmes antipathiques lâchèrent à Aristote, du bout des lèvres, que
"le professeur Platon devait donner un cours en troisième année, à droite au fond du couloir, puis à gauche, puis deux fois à droite, puis à gauche, puis tout droit, puis en haut de l'escalier B". Enfin l'une d'entre elles fit comprendre à Aristote, d'un regard sombre, qu'il fallait qu'il quitte les lieux aussitôt.

Après moultes pérégrinations, et mines méprisantes des disciples auxquels il demandait son chemin, Aristote parvint enfin dans un grand amphithéâtre, où il fit une intrusion remarquée du professeur.

Platon :
"Quel est ton nom, jeune homme?"

Aristote : "Aristote."

Platon : "Fort bien. Aristote, sache que je n'accepte personne dans mon cours que je n'ai d'abord testé."

Aristote : "Je suis prêt."

Platon : "Bien. Aristote, si je t'admets en mon enseignement, je t'apprendrai les rudiments de la logique, et davantage si ton intelligence le permet. Mais d'abord, tu dois savoir te détacher de ce que tu considères comme certain. Un bon philosophe ne fait confiance qu'à sa propre raison, et doit être capable de démonter les raisonnements pervers des sophistes pour avoir une connaissance parfaite des choses de ce monde. Écoute bien ceci : il faut dire qu'aucun chat n'a huit queues, mais cependant, un chat a une queue de plus que nul chat. Donc, un chat doit avoir neuf queues."

Aristote écoutait avec attention.

Platon :
"Alors, peux-tu me démontrer l'absurdité de ce sophisme?"

Aristote réfléchit un instant puis énonça la chose suivante...

Aristote :
"Et bien continuons le raisonnement. Un chat doit donc avoir neuf queues, donc un chat a neuf queues de plus que nul chat. Et comme aucun chat n'a huit queues, un chat doit en avoir dix-sept..."

Platon : "Bien vu!"

Aristote : "Si on fait tourner le raisonnement en boucle, il en vient à se contredire. L'énoncé qui vient en conclusion ne peut donc qu'être faux."

Platon : "C'est remarquable, jeune homme. Je vois qu'il n'est pas nécessaire de t'enseigner l'art du syllogisme, il est inné chez toi."

Et Aristote fut heureux d'avoir satisfait son nouveau professeur.





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La Vita d'Aristote - Première partie - Chapitre VII

Message par Kaioh le Sam 2 Aoû - 21:05

La Vita d'Aristote - Première partie : Les dialogues - Chapitre VII : La rupture
Où Aristote rompt avec son maître pour une sombre histoire de copie d'idées.




Aristote suivait l’enseignement de Platon avec avidité. Ce que le maître disait, l'élève l'intégrait comme inaltérable vérité. Les grandes capacités d'Aristote en avaient fait le disciple préféré de Platon, et lorsque le maître énonçait un principe, l'élève trouvait toujours le moyen d'en assurer l'exactitude, par quelques réflexions ou exemples bien trouvés.

Mais un beau jour, le maître et l'élève eurent leur première dissension, alors que Platon affirmait la chose suivante.

Platon :
"Ainsi, les idées sont une création abstraite de notre intellect. Elles ont une existence qui leur est propre."

Aristote : "Vous voulez dire, maître, qu'il n'existe pas autant de choses que d'idées?"

Platon : "Oui, c'est ce que je veux dire, brillant disciple."

Aristote : "Mais par la-même, vous prétendez qu'il existe des choses sans qu'une idée y soit associée, et inversement."

Platon : "En effet, l'idée est le produit de la conscience, et la chose celle du réel. C'est deux objets qu'il convient de distinguer."

Aristote : "Voilà bien une proposition étrange, cher maître, de dissocier ainsi ce qui est indubitablement lié."

Platon : "Que veux-tu dire?"

Aristote : "Eh bien qu'une idée ne peut exister sans la chose à laquelle elle se réfère."

Platon : "Mais que fais-tu de l'abstraction, Aristote?"

Aristote : "L'abstraction est une illusion, cher maître. L'idée ne vient à l'esprit que tant qu'il existe la chose. Nous sommes parties d'un tout, et si un élément devient intelligible, c'est bien parce qu'il existe."

Platon : "Mais par telle affirmation, tu nies le pouvoir créateur de l'esprit."

Aristote : "L'esprit ne fait qu'observer et constater. Les idées ne sont que la faculté de l'Homme à voir ce qui l'entoure. Elles ne font que rendre intelligible l'essence des choses. Et par extension, les choses qui sont intelligibles à l'Homme ne sont qu'une copie des idées qu'il s'en fait. Rien n'existe en-dehors de l'intelligibilité."

Dès lors, la rupture fut consommée entre le maître et le disciple. Aristote, entretenant toutefois un respect à l'égard de Platon qu'il conserva intact jusqu'à son trépas, prit la décision de s'affranchir de son professeur, et quitta Athènes.





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La Vita d'Aristote - Première partie - Chapitre VIII

Message par Kaioh le Sam 2 Aoû - 21:08

La Vita d'Aristote - Première partie : Les dialogues - Chapitre VIII : L'unité de Dieu
Où Aristote établit fermement que Dieu est unique, et non multiple.




Aristote, qui se sentait en âge de maturité philosophique, et émancipé de la tutelle de son maître, décida qu'il était temps pour lui de fonder sa propre école. Il savait qu'Hermias, son ami de longue date et seigneur d'Atharnée, avait réuni un petit cénacle d'anciens élèves de l'académie d'Athènes à Axos, sur la côte de la Troade. Aristote décida donc de diriger cet enseignement, et fonda ainsi sa première école.

L'académie d’Aristote avait grand succès. Des élèves de toute la Grèce affluaient pour recevoir les lumières du maître. Par un beau jour de printemps, un disciple prometteur vint trouver Aristote.

Le disciple :
"Maître, j'ai bien pensé, jusqu'à n'en point dormir, et il est toujours une question qui taraude mon esprit juvénile."

Aristote : "Je t'écoute. Dis-moi ce qui te tracasse."

Le disciple : "Eh bien maître, vous nous enseignez que l'univers est dynamique, vous nous enseignez que si l'essence est statique, la forme, elle, est mouvante comme une onde sur la surface de l'eau."

Aristote : "Oui, c'est vrai."

Le disciple : "Mais maître, selon ce principe, à tout acte correspond une puissance, comme vous le dites vous-même, et ainsi donc, à tout effet correspond une cause."

Aristote : "Certes."

Le disciple : "Alors, maître, si je remonte dans l'ordre des effets et des causes, je ne devrais aboutir qu'à une seule cause pour tous les effets. Or, sauf votre respect, il est notoire que les dieux sont plusieurs. Ainsi, selon votre théorème, le monde ne devrait être que chaos, car dès l'origine, les causes sont multiples et ne se concertent pas en volonté. À moins de postuler que tous les dieux ne sont les effets que d'un seul, puissant par-dessus tout. Pouvez-vous m'éclairer?"

Aristote : "Mais, cher disciple, la solution se trouve dans l'énoncé du problème. Raisonne un peu, mon ami. Tiens t-en aux principes de la dialectique et du syllogisme. Il y a, dans ton exposé, un élément exogène, et parasitaire, à savoir ce que tu qualifies de savoir public. Je te l'ai déjà dit, nous sommes des philosophes, et l'on ne peut atteindre la vérité que par l'action de notre esprit qui qualifie la substance, non en prenant quelques postulats pour argent comptant."

Le disciple : "Que voulez-vous dire, maître?"

Aristote : "Je veux dire que si tu remontes l'ordre des causes et des effets, tu trouveras la cause finale, l'intelligibilité pure, comme tu l'as dit. Ainsi, s'il est notoire que les dieux sont plusieurs, ça n'en est pas moins faux, car telle affirmation ne résiste pas à l'examen logique de la proposition."

Le disciple : "Euh, pouvez-vous être plus clair, maître?"

Aristote : "Certes, je le peux, par ce syllogisme enfantin : une cause finale est une intelligence pure, une divinité. Si on remonte l'ordre des causes et des effets, on ne trouve qu'une seule cause finale. Donc Dieu est unique."

Le disciple : "Ah bah ça alors!"

Aristote : "Je ne te le fais pas dire, cher disciple. De Dieu il n'y en a qu'un, ce Moteur immobile du monde, cette Volonté parfaite qui est la source de toute substance, de tout mouvement. Dieu est la finalité cosmique de l'univers."

Et le disciple de s'en retourner à ses pénates, satisfait de la réponse de son maître…





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La Vita d'Aristote - Première partie - Chapitre IX

Message par Kaioh le Sam 2 Aoû - 21:11

La Vita d'Aristote - Première partie : Les dialogues - Chapitre IX : La nature des astres
Où Aristote félicite un de ses disciples pour sa clairvoyance, car il a relevé, à juste titre, que les astres sont de nature divine en raison de leur mouvement circulaire.




Par un jour sans nuage, Aristote avait convié ses disciples à admirer la voûte céleste. Tous s'émerveillaient de la beauté des astres, brillant comme des flambeaux sur un ciel d'encre. Le maître montrait à ses élèves comme les étoiles ont un mouvement caractéristique. Mais certains commençaient à avoir froid et voulaient rentrer se coucher.

Sargas :
"Maître, ne serait-il pas plus profitable pour nous de discuter et d'étudier plutôt que de paresser ainsi dehors?"

Aristote : "Ainsi donc, tu penses que nous paressons. Ne crois-tu pas que les sphères célestes soient les choses les plus parfaites qui existent?"

Sargas : "Je ne sais pas."

Aristote : "De quelle manière se déplacent les astres, dis-moi?"

Sargas : "Maître, ils se déplacent en cercles, fixés qu'ils sont sur des sphères cristallines et transparentes."

Aristote : "Bien. Et la Terre, quelle est sa forme?"

Sargas : "L'observation des étoiles lors d'un voyage ou d'un bateau à l'horizon nous montrent qu'elle est ronde."

Aristote : "Ainsi donc tu écoutes fidèlement mes leçons. La Terre est sphérique et le ciel se compose de sphères supportant les astres. Le cercle et le mouvement circulaire sont partout. Or quel mouvement est plus parfait que le mouvement circulaire?"

Sargas : "Aucun maître, car il se suffit à lui-même et traduit la continuité. Le mouvement circulaire est le mouvement parfait par excellence."

Aristote : "Or un mouvement parfait ne peut être produit que par une puissance parfaite. Et la seule puissance parfaite, c'est Dieu! Chers disciples, l'observation des cieux nous permet de comprendre comme sont bien agencées les sphères célestes. Et cette perfection porte la marque de Dieu."

Sargas : "Vous avez raison, maître, merci pour cette leçon."

Aristote : "Ne me remercie pas, remercie les astres! Tiens, prends ces pièces et va nous chercher un peu de vin chez Oinos."

Sargas : "J'y cours, maître!"

Sargas revint avec du vin pour tous les disciples. Et ils restèrent encore un moment à contempler les étoiles.





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La Vita d'Aristote - Première partie - Chapitre X

Message par Kaioh le Sam 2 Aoû - 21:14

La Vita d'Aristote - Première partie : Les dialogues - Chapitre X : La morale
Où Aristote en dit davantage sur la distinction entre le bien et le mal.




Par un rude jour d'hiver, un disciple, qui avait atteint le terme de son enseignement, vint trouver Aristote, avant de quitter le lycée.

Le disciple :
"Cher maître, maintenant que je vais être livré à moi-même, il y a une chose que j'aimerais savoir."

Aristote : "Je t'écoute, brillant disciple."

Le disciple : "Vous m'avez remarquablement formé à l'art de la logique et à la science métaphysique, mais vous ne m'avez rien dit quant à la morale."

Aristote : "Tu dis vrai, mon ami. C'est en effet une lacune de mon enseignement. Que veux-tu savoir au juste?"

Le disciple : "Il est important pour un Homme, je le crois, de savoir identifier le bien du mal, afin de se conformer aux règles qui conduisent au premier, et qui permettent d'éviter le second."

Aristote : "Certes."

Le disciple : "Ce qui m'amène à cette question simple, maître, qu'est-ce que le bien?"

Aristote : "C'est un problème tout à la fois vaste et d'une simplicité limpide comme le cristal. Le bien, dans son principe, c'est la perfection de la nature de l'objet, de sa substance."

Le disciple : "Mais pourquoi donc, cher maître?"

Aristote : "Parce que le bien ultime réside dans le Divin, sans nul doute. Et pour identifier le bien, il suffit donc de s'attacher à l'analyse de l'essence du Divin. La substance du Tout-Puissant étant intelligibilité pure et parfaite, le bien ne peut être que perfection de la substance, et donc de la nature d'une chose. Comprends-tu?"

Le disciple : "Oui, cher maître, je comprends."

Aristote : "Je t'ai enseigné, cher disciple, que la nature d'une chose réside dans sa destination, puisque le mouvement révèle la substance de l'objet. Tu sais donc quelle est la nature de l'Homme n'est-ce pas?"

Le disciple : "Certes, maître, la nature de l'Homme est de vivre en collectivité, et cette collectivité prend le nom de cité."

Aristote : "Tout à fait. Le bien de l'Homme, c'est-à-dire ce qui tend à réaliser la perfection de sa propre nature, est donc une vie vouée à assurer les conditions de l'harmonie au sein de la cité. Or, le bien de la cité, est tout ce qui participe à son équilibre, puisque la nature de la collectivité est de se perpétuer. Ainsi donc, tu peux le constater, le bien de l'Homme conduit au bien de la cité."

Le disciple : "C'est remarquable!"

Aristote : "En effet, ça l'est. Vois-tu, l'Homme ne fait le bien qu'en s'intégrant pleinement à la cité, en participant à la politéïa, et en faisant tout son possible pour en maintenir l'harmonie."

Le disciple : "Alors, cher maître, l'homme de bien est donc le citoyen?"

Aristote : "Je n'ai pas dit cela, cher disciple. Un esclave peut être un homme de bien, s'il a conscience de sa propre nature d'Homme, et qu'il sait se satisfaire de sa condition, car ainsi il œuvre au maintien de l'équilibre de la cité. La politéïa n'est pas que la participation aux assemblées."

Le disciple : "Eh bien, cher maître, voilà des réponses qui me satisfont."

Aristote : "J'en suis heureux, mon ami."

Et sur ce, Aristote ne revit jamais son disciple qui, selon la légende, vécut une existence exemplaire, inspirée par les principes de la vertu.





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La Vita d'Aristote - Première partie - Chapitre XI

Message par Kaioh le Sam 2 Aoû - 21:18

La Vita d'Aristote - Première partie : Les dialogues - Chapitre XI : Le songe
Où Aristote fait le rêve d'une Cité idéale.




Un matin, Aristote avait une mine préoccupée. Son fidèle Sargas, qui fréquentait le lycée depuis des mois, vint à sa rencontre pour s'enquérir de son sort. Le maître lui fit cette réponse…

Aristote :
"Cette nuit, mon cher disciple, j'ai fait un rêve."

Sargas : "Ah oui, maître? Racontez-moi."

Aristote : "Certes oui. J'ai songé qu'en Orient existait une Cité merveilleuse."

Sargas : "Quel genre de cité?"

Aristote : "Une Cité idéale, parfaite, où tous vivaient en une fabuleuse harmonie. L'équilibre y était si solide que nul n'aurait pu le rompre, pas même la venue d'un étranger comme je l'étais dans mon imaginaire. J'y ai fait intrusion, y ait importé mes mœurs, que je dirais à présent corrompues, mais j'y ai été accueilli comme un frère."

Sargas : "Quels étaient ses principes, maître?"

Aristote : "Cette Cité est organisée selon le principe de trois cercles concentriques, ou trois classes de citoyens si tu préfères.

Je commencerai par te décrire ce qui constitue la plus basse de ces classes, à savoir celle des producteurs, la classe d'airain. Ils constituent la majorité, et vivent paisiblement de la culture de leurs champs et de l'élevage de leurs bêtes. Ils prennent ce qui est nécessaire à leur subsistance, et à celle de leurs familles, dans leur propre production, et donnent le reste aux classes supérieures. Si ces Hommes constituent la base de la Cité, leur sort est cependant enviable. Ils connaissent les joies de la tranquillité, d'une existence simple au service de la collectivité. Ils s'adonnent à l'activité physique qu'exige un travail régulier, et qui maintient leur corps en condition, meublent leur temps libre par la contemplation des choses de la nature, par l'éducation des enfants que ces gens-là placent en très haute considération, et par la prière, adressant leurs louanges à Dieu qui leur a donné les plaisirs dont ils sont bénéficiaires.

La seconde classe de citoyens, la classe d'argent, est celle des gardiens, des soldats. Ceux là sont autorisés à l'oisiveté, et profitent, en temps de paix, d'une subsistance gratuite qui leur est fournie par les producteurs. Ils philosophent, admirent eux aussi les bienfaits de la nature, s'instruisent quel que soit leur âge, s'entraînent au maniement des armes. En temps de guerre, ils se font les plus fervents défenseurs de la Cité. Leur courage n'a pas d'égal, et ils donneraient leur vie, sans hésitation, pour la conservation de la communauté, ou pour défendre leur foi qu'ils placent en très haute estime. Et au retour des combats, ils sont accueillis comme des héros. On dépose sur leurs têtes des couronnes de lauriers, on les traite comme des Princes, et de fabuleux festins sont tenus en leur honneur. Ils sont portés en triomphe par le peuple, et aimés par les femmes.

La troisième classe de citoyens est celle des philosophes-Rois, la classe d'or. Ceux-là sont les plus anciens, recrutés parmi les gardiens qui se sont montrés les plus braves, les plus aptes au commandement, et les plus doués en matière de philosophie. Leur seul bien est la raison, car ils sont délivrés de leurs possessions terrestres. Leur foi en Dieu est leur seule arme. Ils s'illustrent par la pratique des vertus de la manière la plus parfaite. Ils sont un exemple pour tous, et le peuple est heureux de sacrifier un peu de sa propriété pour assurer la survie de ses maîtres. Les philosophes-Rois constituent le gouvernement de la Cité. Ils décident collégialement de ses destinées. Ils sont également les ministres du culte rendu au Tout-Puissant, et là réside leur légitimité. On tient leur pouvoir comme inspiré par le Très-Haut, de part leur condition de prêtres. Ils organisent l'ensemble de la Cité, planifient la production, rendent la justice, et légifèrent."

Sargas : "Par ma foi, voilà une formidable Cité que vous me décrivez."

Aristote : "Certes, c'est vrai. Et j'ai la conviction intime qu'elle doit exister, quelque part."

Sargas : "Croyez-vous, maître? N'est-ce pas là un simple songe?"

Aristote : "Non, je crois plutôt qu'il s'agit d'une prémonition. Et je veux m'en assurer par moi-même. J'ai fait mon temps ici, et de ta condition de disciple, tu vas passer maître. Le lycée t'appartient."

Sargas : "Comment, maître? Mais j'ai encore beaucoup à apprendre."

Aristote : "De moi, non, mon cher ami."

Et le maître, toujours aussi grave, laissa Sargas décontenancé, pour s'intéresser aux préparatifs de son voyage en Orient…





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La Vita d'Aristote - Première partie - Chapitre XII

Message par Kaioh le Sam 2 Aoû - 21:30

La Vita d'Aristote - Première partie : les dialogues - Chapitre XII : L'ermite
Où Aristote affirme la nature sociable de l'Homme.




Aristote cheminait en Attique, alors qu'il avait rendu visite à un lointain parent vivant à Thèbes. Il était seul, ayant laissé la responsabilité de son école à ses meilleurs élèves. Mais à une bifurcation, il se trompa de chemin et au lieu de redescendre vers la plaine et la ville, il s'engagea dans les collines. Au bout de deux heures de marches, il se rendit compte de son erreur et avisa une habitation isolée. Il décida d'y aller demander conseil sur la route à suivre.

Au fur et à mesure qu'il s'approchait, il se rendit compte que ce qui de loin passait pour une maison n'était qu'une mauvaise cabane adossée aux rochers, masquant grossièrement l'entrée d'une grotte.

Il frappa à la porte et hélas, on vint lui ouvrir. L'homme, âgé, était à peine vêtu, seulement d'haillons. Il était maigre et hirsute.

Aristote :
"Bonjour, vieil homme. Je me suis perdu et cherche le chemin de Mégare."

Ermite : "C'est si tu y vas, que tu seras perdu."

Aristote : "Je n'ai point souvenir que la ville ou les routes alentours soient à ce point peuplées de brigands."

Ermite : "Qui donc te parle de brigands. Elles sont peuplées d'humains. C'est déjà bien assez dangereux. "

Aristote comprit alors qu'il avait affaire à un ermite.

Aristote :
"Dis-moi, es-tu heureux?"

Ermite : "Si je suis heureux? Et comment! J'ai tout ce qu'il me faut : l'eau de la rivière, des oliviers, un petit jardin. Et comme je ne suis pas maladroit de mes mains, je fabrique ce dont j'ai besoin. Je n'ai besoin de rien, ni de personne. Je suis parfaitement heureux."

Aristote : "Un Homme ne peut pas se contenter d'une telle vie. Ou alors il ne l'est pas pleinement."

Ermite : "Balivernes! Je suis le meilleur des Hommes."

Aristote : "Comment le saurais-tu, toi qui ne connais pas les autres? Être un humain, c'est vivre selon la vertu. Et la vertu est une pratique qu'on ne peut exprimer qu'avec les autres. Tu vis bien certes, mais tu ne pratiques aucune vertu, puisqu'il n'y a personne avec qui tu puisses la pratiquer. Tu vis comme un ours, indépendant. Mais a-t-on vu un ours faire preuve de vertu? Tu n'es pas un homme heureux, puisque tu n'es même pas un humain. Un humain a des amis, où sont les tiens?"

Ermite : "Mes amis sont la nature, mes oliviers, mes légumes."

Aristote : "Une véritable amitié se fait entre égaux. Tu es donc l'égal d'un olivier : planté et immobile. Tu survis en marge de la Cité au lieu d'y participer comme le fait tout véritable humain. Je vais donc te laisser prendre racine, adieu!"

Et Aristote reprit sa route, descendant vers Mégare.





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La Vita d'Aristote - Première partie - Chapitre XIII

Message par Kaioh le Sam 2 Aoû - 21:34

La Vita d'Aristote - Première partie : Les dialogues - Chapitre XIII : La réception chez Polyphilos
Où Aristote dit qu'il faut savoir s'entourer d'amis véritables.




Aristote avait été invité à une réception chez un riche marchand athénien exerçant également les fonctions d'archonte. Il s'appelait Polyphilos. C'était un homme riche et puissant, passionné par la philosophie. Il venait souvent écouter Aristote, aussi souvent que ses charges et son statut le lui permettaient. Sa maison était pleine à craquer, et les tables regorgeaient de victuailles.

Aristote tenait une coupe de vin qu'il venait de remplir au cratère. Il prit une feuille de vigne farcie quand Polyphilos s'approcha de lui.

Polyphilos :
"Aristote, cher maître. Comment trouvez-vous cette réception?"

Aristote : "Je vous avoue que je préfère les plus petits comités, on ne s'entend pas, ici. Mais votre maison est splendide et le banquet est digne des plus grands Rois."

Polyphilos : "Merci pour ces compliments. Mais rien n'est trop beau pour mes amis et j'aime à les avoir tous autour de moi."

Aristote : "Tous ces gens ici, sont donc vos amis?"

Polyphilos : "Bien entendu. Nul n'entre ici qui ne soit mon ami."

Aristote : "Je vois pourtant des gens de toutes extractions sociales et occupant diverses fonctions pour la Cité."

Polyphilos : "Et alors? Je ne suis pas hautain. Je laisse ça aux nouveaux riches."

Aristote : "Certes, c'est tout à votre honneur. Mais il ne peut s'agir d'amitié véritable. Un vrai ami est un égal, car l'amitié doit être parfaitement réciproque et équitable. Si elle ne l'est pas, ce n'est plus de l'amitié mais de l'intéressement. Un Roi ne peut rien attendre d'un mendiant, ce dernier est incapable de l'aider en cas de besoin, or l'entraide est la base de l'amitié. Donc il n'y a pas d'amitié possible entre personnes trop inégales."

Le jeune fils de Polyphilos s'était approché.

Eumónos :
"Je le répète sans cesse à mon père. Ces gens ne sont pas ses amis et il doit prendre ses distances."

Aristote : "Ce serait tomber dans l'excès inverse, jeune homme. L'amitié est le plus grand bien de l'Homme. Elle noue les liens des communautés. Et les communautés forment à leur tour la Cité. L'amitié permet les relations sociales et l'humain peut alors prendre part dans les affaires de la Cité. Et comme la vertu cardinale de l'Homme est la participation à la Cité, l'amitié est une chose essentielle."

Eumónos : "Mais comment trouver un parfait égal?"

Aristote : "Ce n'est pas nécessaire. Il faut surtout que l'intéressement ne soit pas trop prononcé dans le chef d'un des prétendus amis. Le Juste Milieu, celui de la vertu, c'est de savoir s'entourer d'amis véritables, de gens qui peuvent compter sur vous et sur qui vous pouvez compter."

Polyphilos et Eumónos hochèrent la tête pour marquer leur accord. Aristote s'éloigna de quelques pas avant de se retourner.

Aristote :
"Ces feuilles de vigne sont délicieuses, aussi délicieuses que le conseil d'un ami, vous ne trouvez pas?"





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La Vita d'Aristote - Première partie - Chapitre XIV

Message par Kaioh le Sam 2 Aoû - 21:38

La Vita d'Aristote - Première partie : Les dialogues - Chapitre XIV : Le jeune philosophe



Aristote en était au soir de sa vie. Sa réputation dépassait largement les mers qui bordent l'Ellade. Mais le vieux maître aimait de plus en plus à se promener dans les campagnes qui jouxtent Athènes. Un jour qu'il passait la porte Ouest, il remarqua un groupe de jeunes gens assis dans un jardin. L'un d'entre eux se tenait sous un olivier, il semblait mener leur discussion. Si la vieillesse avait émoussé le corps d'Aristote, son esprit et sa curiosité étaient encore aussi affûtés que la lame d'un couteau scythe. Il s'approcha du groupe. Il s'aperçut alors qu'ils parlaient de philosophie.

Un jeune :
"Ô Epikouros, parle-nous des dieux."

Epikouros : "Qu'est-ce qu'un dieu, sinon un être parfait, et donc un être parfaitement heureux. Et s'ils sont parfaits, ils sont incorruptibles, donc leur bonheur est éternel. Aussi pourquoi les dieux se soucieraient-ils de nous? Nous devons nous désintéresser des dieux, car ils n'ont en retour aucun intérêt pour nos petites affaires."

Aristote : "Quelles sottises!"

Alors que tous se retournaient pour voir qui avait prononcé ces paroles, Aristote s'approcha, considéra une pierre et s'y assit.

Epikouros :
"Tu n'es pas d'accord avec ce que je viens de dire?"

Aristote : "Comment le pourrais-je, puisque c'est faux? Tu dis que les dieux sont parfaits, n'est-ce pas? Mais réfléchi à ce qu'est la perfection. La perfection n'est pas seulement physique, elle est aussi morale. Un dieu doit forcément être parfaitement moral, donc vertueux, donc bon."

Epikouros : "Mais peu importe qu'il soit bon. Il est tellement parfait qu'il ne se soucie pas de nous."

Aristote : "Que du contraire, sa perfection l'oblige à se préoccuper de tout, sans cela, il lui manquerait quelque chose et il serait imparfait. Et puis, tu parles des dieux, il n'en existe pourtant qu'un seul. Comment un être parfait pourrait-il exister à côté d'un autre? De même, s'il est parfait, il est unique, car toute perfection étrangère à la sienne ne peut que lui être retranchée."

Epikouros : "L'unicité ne peut engendrer la multiplicité. Si ton être parfait existe, rien ne peut exister à côté."

Aristote : "L'argument est beau, mais il est inutile, car visiblement nous existons, et de toute évidence Dieu existe. Je dirais même plus, notre existence implique celle de Dieu. Tout effet a une cause. L'existence elle-même doit avoir une cause, qui en a une elle-même... Si on veut éviter la régression à l'infini, il faut postuler une cause première. Or qui d'autre peut être cette cause première sinon un être tellement parfait qu'il ne peut avoir ni début ni fin? Cette cause première est la source de toutes les causes. Cette discussion, d'ailleurs, a plusieurs causes."

Epikouros : "Tu m'intrigues..."

Aristote : "Alors tu es moins borné que je le pensais. Écoute bien les autres causes de notre discussion. La cause matérielle, c'est toi, car tu es là et tes propos ont provoqué cette discussion. Tu es la matière première. La cause efficiente, c'est moi, car c'est moi qui instille en toi un peu de sagesse. Je suis l'artiste. La cause formelle, c'est la dialectique, que tu dois encore apprendre à maîtriser. C'est la technique de l'art. Et la cause finale, c'est la vérité qui s'implante dans ton âme. C'est l'œuvre terminée."

Aristote se leva, alors que le jeune philosophe ne trouvait rien à répondre. Il épousseta son chiton et partit sans un mot. Arrivé à quelques distances, il leva les yeux vers le ciel et prononça ces mots :

"Ce jeune homme ira loin. Ses idées risquent de se propager rapidement. Espérons que d'autres viendront, qui poursuivront mon œuvre et traqueront ce genre de pensées."





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La Vita d'Aristote - Deuxième partie - Panégyrique I

Message par Kaioh le Dim 3 Aoû - 12:30

La Vita d'Aristote - Deuxième partie : Le panégyrique - Panégyrique I : De l'âme



Aristote en ces temps, logeait à Athènes et avait installé son quartier général à l'Académie de la bière, une auberge située dans la Plakathon, en plein cœur du quartier égyptien (c'était le cantonnement réservé aux étudiants, aux fêtards et noctambules qu'on surnommait les gypsies).
C'est lors d'une de ces nuits spécialement agitée qu'il fît une découverte qui secoua tout le milieu intellectuel de la cité durant une bonne semaine.
Au milieu des clameurs habituelles dans la chaude moiteur de la taverne, rompant les
"c'est à boire, à boire... qu'il nous faut, *hips*" proférés par un Paulodaure fin pété, son compère Mimilas monté sur une table interpella l'assemblée.

Mimilas :
"Éclaires-nous donc, Maître, sur ce qu'est notre âme."

Alors le sage Aristote s"adressa à ses compagnons en ces termes.

Aristote :
"Mes amis, il y a deux sortes d'âmes.
Tout être vivant possède une âme que je nommerai anima en ce qu'elle est la puissance qui l'anime, mise en œuvre dans la formation de l'être vers sa forme achevée. Étant le principe d'organisation du corps vivant, l'anima est inséparable de celui-ci."

Mimilas : "On pourrait donc nommer anima, le schéma de fonctionnement de la fourmi rouge ouvrière, par exemple, mais quelle serait l'autre sorte d'âme?"

Aristote : "En effet (et je te rappelle que la fourmi ouvrière rouge est dite prolétaire), à contrario, l'animus, l'âme pensante, possède un statut privilégié et il semble bien que ce soit là un genre d'âme tout différent, et que seul il puisse être séparé du corps, comme l'éternel du corruptible."

Mimilas : "Alors, étant éternel, l'animus serait donc conçu à la ressemblance de Dieu?"

Aristote : "Exactement, c'est l'anima qui fait que Paulodaure, rentré de son champ de maïs, au lieu de prendre à droite vers son logis, Bobona et les gosses, choisit à gauche vers la taverne pour se torcher à la boulasse avec les potes, puis peu à peu rongé par l'embonpoint, le remord et la cirrhose donne à Paulodaure cet aspect adipeux, congestionné au seuil de la vieillesse.
Par contre c'est l'animus de Paulodaure qui arrivera pur et intact (car ayant peu servi) aux portes du Paradis dans l'attente de son introduction... et là, devant cette chose informe qui possédait son accomplissement en puissance, mais qui, laissée en friche est à classer sur la même étagère que le bulbe de la mouette rieuse, qu'adviendra-il?"

Alors un grand silence se fît, qui contamina le dernier étage de l'Académie (là ou les chambrées, d'ordinaire, vibraient) interrompant tous les coïts, puis l'air devint électrique.
L'animus de chacun eût droit à sa minute de réflexion, songeant à son Salut.
Mimilas se gratta la tête puis il dit consterné :
"Je crains bien que le Saint Videur ne lui refuse l'entrée!"





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La Vita d'Aristote - Deuxième partie - Panégyrique II

Message par Kaioh le Dim 3 Aoû - 12:34

La Vita d'Aristote - Deuxième partie : Le panégyrique - Panégyrique II : De l'étant en tant qu'étant



Fendant la foule médusée, s'avança alors l'adversaire le plus redoutable de tous les combattants de l'esprit : Cratyle, le Philosophe Muet.
Il avait battu jadis le célèbre Héraclite sur son propre terrain, car lorsque celui-ci avait donné son argument décisif selon lequel :

"On ne peut pas se baigner deux fois dans le même fleuve."
Cratyle avait dit :
"On ne peut même pas le faire une seule fois et nul ne peut énoncer aucune vérité sur ce qui change partout et en tout sens c'est pourquoi, à compter de ce jour jamais plus je ne m'exprimerai par les mots et sur aucune chose."

Suivi de son entraîneur, Cratyle s'épongea le front, s'installa face au prophète et se conformant à sa légende, il commença à remuer le doigt en tous sens signifiant par là :
"Je ne puis rien dire d'intelligible sur ce monde en perpétuel changement."
Administrant à son adversaire un redoutable direct du pouce.
Une grande rumeur agita l'assistance qui avait apprécié l'efficacité de l'assaut.

Mais le péripatéticien, toujours très mobile savait esquiver, protégeant sa garde il répliqua :

"C'est en regardant le monde et non en se détournant de celui-ci que l'on trouve la vérité, ne voir que le mouvement est ignorer la substance première, c'est-à-dire l'étant qui se maintient quelque soit le changement."

Cratyle, déstabilisé se demandait bien ou son rival voulait en venir et commençait à ressentir des tensions métacarpiennes, il dressa le majeur, repliant les autres doigts.

Le prophète, profitant de son avantage, enchaîna :

"Si nous reprenons l'exemple de Paulodaure, dont le corps ravagé par ses séjours prolongés en taverne est plus souvent observable à quatre pattes, donc à la ressemblance du quadrupède, voire rampant tel un reptile, chacun s'accorde à dire qu'il est bipède : c'est sa forme, sa substance première, même si elle n'est que virtuelle (en puissance et non en acte)."

Cratyle comprenait trop bien, suant d'angoisse, pour se rafraîchir, il agita sa main en éventail.

Aristote reprit :
"Ainsi et de même, si bon nombre d'êtres humains subissent des altérations tamagoshistes ou bisounoursesques, ils restent néanmoins et malgré les apparences des êtres pensants."
Puis le sage porta le coup ultime :
"Toi-même le Philosophe Muet qui n'émet aucun son, nous savons tous ici même que la cause finale qui détermine ton être, le moteur du monde, t'a donné la forme d'une vraie pipelette en vérité. C'est ton étant en tant qu'étant et sur lequel tu ne puis rien changer, car la parole est le cadeau que le Très-Haut fît à l'espèce humaine."

L'estocade finale avait mis l'adversaire K.O. : son pouce retomba inerte vers le sol, rendant ce geste à la postérité comme signifiant "le combat est perdu".
Alors la foule en liesse porta le prophète vainqueur en triomphe (soulageant ainsi ses jambes qu'il avait faibles, dit-on).






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La Vita d'Aristote - Deuxième partie - Panégyrique III

Message par Kaioh le Dim 3 Aoû - 12:39

La Vita d'Aristote - Deuxième partie : Le panégyrique - Panégyrique III : La copie des idées



Le lendemain, tandis que le péripatéticien avait repris ses exercices quotidiens et préparait un discours sur 400 mètres, Xénocrate "le lourdingue" vint le trouver.
Ce même Xénocrate connu pour ses aphorismes tels que
"le cerveau a des capacités tellement étonnantes qu'aujourd'hui pratiquement tout le monde en à un", ou bien "l'alcool rend l'eau potable" ou encore "une tonne pèse au moins cent kilos surtout si elle est lourde", s'adressa au prophète en ces termes :
"Le maître a fort apprécié ta performance face à Cratyle, il souhaite que tu le rejoignes au Q.G., afin de te féliciter."
"Une convocation de Platon ne s'évite ni ne se diffère!", murmura le prophète dans un sourire.

Au gymnase, comme à l'accoutumée bourdonnait une nuée de disciples autour du grand maître Platon himself, l'enveloppant de sa gluante et canine sollicitude. Celui-ci d'un sourcil levé, soudain imposa le silence.
Alors, se leva Platon au large front : 1m93, 95 Kg, bouffi d'orgueil. Il prit Aristote par le bras en une clé parfaitement verrouillée et entreprit la plus illustre joute oratoire de tous les temps.


Premier round - Platon au service de la copie des idées

Platon : "Le Cratyle a du doigté, si je puis dire, et sa harangue est juste en apparence, car les êtres en constant devenir qui courent vers leur destruction méritent à peine le nom d'êtres.
Jeune, j'étais timide et pourvu d'une voix grêle, tonitrua le géant extraverti, alors si je ne peux répondre à la question "qui suis-je?" de façon permanente. Ne dois-je pas me poser aussi la question "suis-je"? N'est-il pas mes bons amis?"
"Assurément", entonna en chœur antique tout le fan club réuni.

Platon : "Toutefois, quand une chose change, il faut bien en elle quelque chose qui demeure, sinon elle ne changerait pas, elle serait radicalement autre, pas vrai les p'tits gars?"
"À qui le dites-vous! Mon bon maître", susurra la compagnie des lécheurs de sandales.

Xénocrate : "Ben ouais, si ce n'est toi, c'est donc ton frère, mais si ça s'rait toi ton frère, ta belle-sœur serait ta femme et tes enfants leurs propres cousins... ça le fait pas!", dit Xénocrate se grattant la tête.

Platon :
"Et si on lui remettait sa muselière, les gars, plutôt que lui jeter des cacahouètes comme des malsains?"
"Tu l'as dit bouffi", clamèrent les affidés suceurs platoniques.

Platon : "J'ajouterais que, quand on observe ces êtres changeants, on découvre qu'ils reproduisent dans la même espèce des caractères constants qui se transmettent d'individu à individu, transcendant les générations et qui sont des copies de modèles universels, immuables, éternels que je nommerais idées. Assurément dans mille sept cent ans, je vous promets nombre de Xénocrates dans la population humaine destinés à divertir leurs contemporains."
"Un peu, mon neveu!", ricanèrent les béats en extase.

Platon : "Du reste, n'avons-nous pas toujours une conscience vague de ces archétypes, de ces idées, parce que notre âme qui a existé avant nous et passera dans d'autres corps après nous, les a aperçu dans un autre monde?"
"Dans le mille Émile!", gloussèrent les vautrés aux pieds du magister.

Platon : "Ainsi, voilà pourquoi tous les vivants ont par nature l'intuition de cette ressemblance qui leur fait reconnaître tout ce qui est de même genre et qui fait que l'escargot, malgré la difficulté ne sélectionne pas la limace pour copuler, sans parler du choix du porc-épic!"
Les disciples sans voix se roulèrent en boule dans le transport du ravissement.

Platon : "Compagnons, chacun de vous connaît le mythe de la dissidence : le jeune provincial initié aux arts de la cité devient le meilleur élève alors, accompli, il mordille les doigts qu'il a léché. Je te laisse la parole, Aristote!"

Aristote : "Dieu m'est témoin que j'aime la main de Platon, mais j'aime plus encore sucer la vérité.", répliqua le prophète.
L'auditoire retenait son souffle et tous les organismes fonctionnaient en apnée.






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La Vita d'Aristote - Deuxième partie - Panégyrique IV

Message par Kaioh le Dim 3 Aoû - 12:43

La Vita d'Aristote - Deuxième partie : Le panégyrique - Panégyrique IV : L'essence des choses



Aristote : "Ta thèse, mon bon maître, aussi brillante soit-elle, n'est que pure vue de l'esprit, ainsi les choses ne sauraient venir des idées, dire que ce sont des exemplaires et que les autres choses en participent, c'est prononcer de vains mots et filer des métaphores poétiques."

L'assistance gênée et le regard aux cieux braqua son attention sur l'ange lourd de catapultes qui passait par là et chacun y allait mentalement de son analyse balistique.
Aristote se mît alors à tourner autour de sa victime en cercles concentriques dans le sens de l'ombre du gnomon.

Aristote :
"Constatant que les idées sont presque en aussi grand nombre que les choses pour l'explication desquelles on a eu recours aux idées, eh bien, oserais-je le dire? Le procédé est plus que fumeux, si je puis me permettre.
Tout comme Paulodaure ivre mort doit fermer un œil, afin ne pas voir double, il faut lutter contre le vertige que procure ton discours et la multiplication sans fin des idées dans le grand fourre-tout universel!"

Bien que l'auditoire fut acquis au maître, les rumeurs circulaient déjà sur l'aspect in the move du discours péripatéticien tandis qu'Aristote fondait sur sa proie

Aristote :
"Tu prétends que l'âme passe de corps en corps sans en être dépendante. Comment alors peut-elle être altérée par l'organisme? Car lorsque le même Paulodaure accuse huit grammes d'alcool pur dans le sang, sauf ton respect, son âme n'est plus si belle à voir."

Les murmures s'amplifièrent : "Très tendance l'Aristote!" ou "Moi aussi je kiffe grave."

Aristote : "Ainsi d'après toi, l'idée de l'être humain est le type idéal que reproduisent plus ou moins parfaitement tous les hommes et toutes les femmes, mais bon... soyons sérieux : ce modèle est si abstrait que Diogène se moquant le cherche en vain dans les rues d'Athènes, en plein jour une lampe à la main!"
Le prophète se fendit d'un sourire dévastateur : "Sacré gégène!"

Alors l'auguste Diogène, le complice de toujours écartant l'assemblée rejoignit Aristote. Travesti en femme et fardé, il jeta un poulet plumé aux pieds de Platon, puis il chanta d'une voix suraiguë : "Redis-le, maître, que l'humain est un volatile sans plumes."

La foule complice gloussa précipitant la déroute platonicienne :
"Comment ils ruinent l'ancien, trop over hipe!"

Aristote tenant l'épaule de Platon et dans des sanglots de rire parvint à dire :

"Essaie de comprendre, mon vieux, la substance des choses, l'essence des êtres, se trouvent en eux-mêmes et la forme ne peut se manifester sans la matière c'est ainsi que lorsque notre âme aura rejoint le Très-Haut elle s'incarnera pour l'éternité ne t'en déplaise, sans remettre son mandat dans d'incessants tours de manège terrestres."

Quelques-uns parmi les plus branchés des Athéniens s'agglutinaient déjà autour du prophète, afin de recueillir son opinion sur la nouvelle mode du port du khitôn à la place du classique péplos et savoir si la fashion cothurne détrônerait bientôt la sandale.





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