Cellule de Adualdo

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Re: Cellule de Adualdo

Message par Adualdo le Mar 2 Déc - 14:45

Bien, je vais me mettre au travail.

Voilà une partie qui demanderait un peu de temps et de l'application, mais qui était à n'en pas douter fort enrichissante.
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Re: Cellule de Adualdo

Message par Adualdo le Lun 8 Déc - 19:39

Le novice avait passé des jours et des nuits à peaufiner son travail. Lorsqu'il en fut satisfait, il le proposa à la lecture de Sœur Othilie.

Adualdo a écrit:Réflexion sur la valeur lescurienne de Progrès

Les valeurs majeures de l’Ordre Lescurien sont au nombre de trois : Humilité, Enseignement, Progrès. Néanmoins, si le sens des deux premières paraît assez clair à la plupart des personnes, celui de la troisième demeure parfois assez nébuleux. Je me propose ici en quelques brèves lignes d’en expliquer le sens et la portée, et de montrer qu’elle est peut-être la plus importante des trois, en m’appuyant à la fois sur les écrits des premiers frères lescuriens sur le sujet et sur les textes sacrés de l’Eglise Aristotélicienne Romaine.

Pour y réfléchir, je propose de nous ramener au principe-même du Progrès. Parler de « Progrès » évoque tout d’abord la possibilité d’une évolution volontaire de notre existence vers un « Bien » ou un « Mieux ». Il y a donc deux présupposés à la notion de Progrès : tout d’abord, celui que l’homme est capable de « vouloir », c’est-à-dire d’influer de lui-même sur sa destinée et que donc il doit sans cesse choisir entre plusieurs options pour mener son existence ; ensuite, le présupposé qu’il existe, parmi toutes ces options, une qui soit « la meilleure ». Je souhaite revenir tout d’abord sur ces deux présupposés, expliquer leur justesse, identifier cette « meilleure option de vie » que le Progrès prétend choisir,  et étudier les ramifications de ces idées dans la vie de l’homme en société.

I. De l’ordre des choses

S’il est une chose que nous pouvons retenir des Anciens, même païens, dans leur conception du monde, c’est la notion d’ordre. Leur conception déterministe du « cosmos » sous-entendait en effet que chaque chose avait une place (et une seule !) à occuper dans ce monde et que tout le parcours physique de cette chose n’était que le trajet nécessaire qu’elle accomplissait pour rejoindre cette place.
De même, le Livre de la Création nous renseigne sur l’ordre naturel donné par Dieu à Sa création :

Livre des Vertus - Livre de la Création, Chapitre I - L'univers (par Spyosu) a écrit:« Dieu se plaisait à voir comment Sa création se mouvait pour correspondre à l’ordre hiérarchique de leur pesanteur. »

Il est bien évident qu’à ce stade, nous ne parlons encore que de l’ordre donné à la nature, non point à l’homme en tant qu’être intelligent et sensible. En effet, il serait bien absurde d’assimiler la destinée de l’homme à la simple pesanteur, car nous ne sommes point, comme la pierre ou l’eau du lac, chose inerte. Nous sommes animés, c’est-à-dire, littéralement, dotés d’une âme, capable de nous mouvoir.

II. De l’ordre des âmes

Après cette introduction qui pouvait sembler éloignée de notre sujet, se pose à nous une question toute naturelle : s’il y a un « ordre des choses », correspondant à leur pesanteur, y a-t-il un ordre pour les créatures animées, autre que la simple pesanteur ? Et, si c’est le cas, de quelle nature est-il ?
La réponse à la première question se trouve aisément dans les mots de Spyosu :

Livre des Vertus - Livre de la Création, Chapitre II - La vie (par Spyosu) a écrit:« Mais, pour que Dieu et la vie puissent s’aimer mutuellement, il fallait que cette dernière s’efforce constamment de se rapprocher de la perfection divine. Car elle était incapable de l’égaler. Le Très Haut créa donc le troisième mouvement: les choses supérieures iraient vers Dieu. »

De même que la pesanteur indique la place naturelle des éléments inertes, la perfection divine est donc l’étalon en fonction duquel les créatures animées, par leur richesse spirituelle, se positionnent. Cependant, il y a une différence de nature entre pesanteur et richesse spirituelle. En effet, la pesanteur est une donnée immuable alors que la richesse spirituelle de chaque homme est variable. Ouvrons à présent une explication sur le libre-arbitre, qui nous permettra, je l’espère, de comprendre l’importance de cette distinction.

III. Du libre-arbitre

De tout temps, de piètres philosophes et des penseurs peu éclairés par les lumières divines ont estimé que l’existence humaine était prédéterminée. Ils postulaient ainsi que nous ne pouvions point décider ce que nous devenions, et que tout était tracé d’avance et pour l’éternité par une force extérieure à nous. Nos « choix » ne faisaient en réalité qu’accomplir une volonté extérieure, même lorsque nous pensions échapper à la fatalité. C’est par exemple une conception semblable qu’avaient les païens helléniques qui voyaient dans leurs Moires (ou Parques chez les païens latins) les manipulatrices exclusives de la vie d’un mortel : Clotho (tissant le fil de la vie de chaque homme sur sa quenouille), Lachésis (le mettant sur son fuseau) et Atropos (le coupant).
Pourtant, cette conception est erronée. Les témoignages ancestraux des écritures saintes illustrent que le Créateur, ayant choisi les hommes comme Ses enfants, leur a laissé la liberté de choisir leur destinée, et d’écouter ou bien Sa voix, ou bien celle de la Créature qu’Il ne nomma point.
Ce libre-arbitre, qui est l’un des plus beaux dons que nous ait faits le Très-Haut, nous le voyons explicité dans un texte doctrinaire de la Bienheureuse Wilgeforte :

Doctrine de l'Eglise Aristotélicienne - Du libre-arbitre aristotélicien (par la Bienheureuse Wilgeforte) a écrit:« Dieu nous a fait don du libre-arbitre nous permettant de décider nous-mêmes de notre avenir, bien qu'Il connaisse évidemment tous les futurs possibles : il a délimité une liste de décisions que nous pouvons prendre mais ne sait pas laquelle nous choisirons, cela dépend de notre résistance à la Créature Sans Nom qu'il a créée. »

Ainsi, nous rapprocher de la perfection divine pour nous placer au mieux dans l’ordre des âmes dépend de nous. Nous ne pouvons certes point choisir les conditions initiales de notre existence, ni ses circonstances, mais nous pouvons choisir son devenir, c’est-à-dire nos actions.


IV. Conclusion logique sur l’appel au Progrès

Nous sommes des créatures fort imparfaites en regard de notre Créateur. Par ignorance, bien souvent, nous commettons le mal, et c’est d’ailleurs pour cela que nous devons nous montrer perpétuellement humbles d’être si pécheurs et que nous devons confesser nos fautes au Très-Haut pour obtenir Son pardon et nous amender. Dès lors, naturellement, parmi toutes les actions possibles pour chacun de nous à chaque instant de notre existence, celles que nous devons choisir sont celles qui nous font progresser dans l’ordre des âmes vers la perfection divine. En d’autres termes, même si nous avons la liberté de ne point le faire, il importe de nous conformer au sens de la vie voulu par Dieu, c’est-à-dire, comme l’avait deviné Oane, « l’amour ».
Le Progrès peut ainsi être défini comme un état d’esprit disposant à l’amélioration constante de nos actions, en vue de nous rapprocher de notre vocation, qui est, selon la classification aristotélicienne, la cause finale de notre existence : la vertu divine. C’est donc une valeur dynamique, et non point statique. Prospective, et non point rétrospective.  

V. De la notion de Progrès individuel et collectif

Cependant, je crois qu’il faut encore expliciter certaines dimensions de cette valeur de Progrès. Formulée comme elle a été dans nos premiers développements, elle semble fort individuelle. C’est pourtant le contraire. Et cette apparente confusion sera prestement levée en rappelant la nature du sens de la vie, « l’amour », comme nous l’avons dit. « L’amour » implique une altérité. Il est fondamentalement contradictoire d’espérer atteindre Dieu en ne s’adressant qu’à Lui. Il s’agit en vérité de passer par les autres pour arriver à Dieu, en quelque sorte ; non point en considérant ces autres comme des moyens, mais en agissant avec l’idée que l’amour qu’on leur porte est une fin en soi. C’est d’ailleurs ce qu’enseigne Aristote, lorsqu’il évoque la nature sociable de l’homme.

Vita d'Aristote - Dialogues - Chapitre XII - L'ermite a écrit:« Etre un humain, c'est vivre selon la vertu. Et la vertu est une pratique qu'on ne peut exprimer qu'avec les autres. »

Le Progrès est donc par essence une valeur à pratiquer dans la société, et non point en ermite, comme le rappelle l’opuscule lescurien sur les valeurs de l’Ordre :

Valeurs de l'Ordre Lescurien a écrit: « Cette valeur pousse les sœurs et frères Lescuriens à toujours tenter de faire avancer les sociétés humaines et les individus qui les composent. »

VI. Du nécessaire discernement dans sa mise en œuvre

Le même opuscule précise une caractéristique des sociétés humaines :

Valeurs de l'Ordre Lescurien a écrit:« Dieu a créé le monde en perpétuel mouvement : les marées se succèdent, comme les jours succèdent aux nuits et inversement, comme le calme succède à la tempête, et inversement, et surtout comme la mort succède à la vie. Rien n'est immobile. Nous pouvons faire l'effort de ne pas bouger, le sang continue de circuler dans nos veines et le temps continue son œuvre sur notre corps. Il en est de même pour les sociétés humaines, qui ne cessent de changer, de se modifier. »

En un sens, la « vie » de la société diffère de celle d’un individu en ce que la seconde est bien délimitée dans le temps, sur quelques décennies, alors que la société l’a précédé et lui survivra dans le temps, selon toute vraisemblance, sauf dessein divin contraire. D’autre part, la société est en quelque sorte une abstraction ; elle n’ira point devant le Jugement de Dieu, cela est réservé à ses membres. Et si l’on parle, comme l’ange A.Mhour dans la citation qui suit, de la perfection divine comme but de la société, il faut sans doute y voir non seulement la progression de l’âme de chacun des individus qui la composent vers la perfection divine mais également l’évolution plus immanente des conditions dans lesquelles la société place ses membres pour mener leur existence.

Ecrits des Saints - De l'ordre des choses (par l'Ange A.Mhour) a écrit:« La société doit avancer vers la perfection divine, mais dans la stabilité. »

La société est donc un sujet plus complexe, et qui demande peut-être encore plus d’attention et d’implication de la part du Lescurien vivant selon ses valeurs. L’action lescurienne en son sein doit être subtile et intelligente, guidée à la fois par le sens de la conservation de ce qui est bon en elle (c’est là le sens de la « stabilité » évoquée ci-dessus) et par le souci de l’avancée améliorant ce qui est mauvais.
Les sociétés sont des forces d’une grande dimension, bien supérieure à la force d’un seul individu. Et c’est pourquoi le Progrès est une valeur à vivre et promouvoir en groupe. Je souhaiterais achever cette réflexion en citant les deux valeurs mineures découlant du Progrès, la Vigilance et l'Initiative.

Valeurs de l'Ordre Lescurien a écrit: « La Vigilance est la valeur qui pousse les sœurs et les frères Lescuriens à rester toujours conscients des défauts, des défauts de la société dans laquelle ils vivent et des défauts des organisations qui font vivre ces sociétés. À nous de toujours nous montrer perspicaces et critiques sur nous-mêmes et le monde qui nous entoure. Le moindre relâchement dans notre vigilance et c'est la porte ouverte aux crises non-résolues.

Mais que faire lorsque nous prenons conscience d'un problème, qu'il soit individuel ou collectif? C'est là que la valeur d'Initiative prend toute son importance. À nous d'innover, de créer, d'inventer, de trouver des solutions. La solution à un problème n'est pas la même que pour un autre problème. À chaque problème sa solution. À nous de la trouver, par un effort d'imagination. »

Le Progrès est donc un appel à aller, soi, vers la perfection divine et à tirer, de même, individus et sociétés vers le haut. Il s’agit dès lors de s’efforcer d’améliorer les choses, non point par une brutalité impatiente après des diagnostics hâtifs et inexacts, mais par notre opiniâtreté vertueuse, notre énergie et les forces conjuguées de nos cœurs et de nos intelligences.

Thème de fin de noviciat lescurien, écrit par le novice Adualdo, en décembre 1462 au couvent de Rouen


Sources :

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Re: Cellule de Adualdo

Message par Othilie le Mer 10 Déc - 19:36

Outch! ça c'est de la rédaction! J'en reste pantoise!

Je vais de ce pas appeler les Amis pour qu'ils prennent connaissance de tes écrits.

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Re: Cellule de Adualdo

Message par Pieii le Ven 12 Déc - 17:40

Pie vint lire l'essai du novice Adualdo

Ma foi, je n'y vois rien à redire à l'argumentation présentée et j'adhère totalement à la conclusion.
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Re: Cellule de Adualdo

Message par Samaël le Lun 15 Déc - 20:06

Sam vint lui aussi lire l'essai du novice.

Et bien... Que dire ? Du gros travail, beaucoup de recherche, beaucoup de réflexion... C'est vraiment très bien ! Bravo Adualdo !
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Re: Cellule de Adualdo

Message par onael le Lun 15 Déc - 23:46

Le Recteur passa dans la cellule,conviée par la lectrice Othilie et lut le travail d'Adualdo.En fait plus que lire,elle en dévora chaques lignes...Un sourire délicat étirant ses lèvres au fil des mots parcourus par ses azurs,la jeune femme finit par relever la tête,parès un long moment

Et bien...C'est un très bel essai sur une valeur de notre Ordre.Je comprends,à la qualité de votre plume,pourquoi vous étiez à son service...

Nul besoin de préciser de qui elle parlait,il comprendrait très bien

Tu as su très bien comprendre et analyser cette valeur de notre ordre,et surtout,tu as su l'expliquer clairement et longuement,sans que ça ne soit soporifique.Il nous faudra discuter d'une possibilité d'ajouter ce texte aux références données durant le noviciat.Qu'en penses tu Othilie?
Bah..nous verrons cela par la suite,en salle du Chapitre...Adualdo,à n'en pas douter,tu feras un Ami lescurien de valeur,et tu nous apporteras beaucoup.

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Re: Cellule de Adualdo

Message par Adualdo le Mar 16 Déc - 19:14

Rougissant...

Je dois vous remercier pour vos compliments. J'espère les mériter et m'en montrer digne à l'avenir.
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Re: Cellule de Adualdo

Message par Othilie le Dim 21 Déc - 11:23

J'en pense que suis d'accord. Vois comme je suis restée sans voix après avoir lu ce travail.

Cette fluidité dans l'écriture et cette simplicité à expliquer nos valeurs..

Bravo Adualdo!

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